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L’incident de l’Aïd al-Fitr à Tanger : débat sur le système de valeurs

Par : Yassine El Maslouhi

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux à l’occasion de la célébration de l’Aïd al-Fitr dans un quartier de la ville de Tanger a suscité une vive polémique. On y voit un jeune homme, connu pour ses penchants artistiques, interpréter une chanson populaire contenant des propos vulgaires et des allusions à des comportements répréhensibles, comme la consommation d’alcool et la transgression des lois. Ce qui a indigné de nombreux internautes, d’autant plus que la scène s’est déroulée en présence d’enfants et d’adolescents. Ce fait relance le débat sur l’éducation des jeunes, d’autant que ce jeune homme n’a respecté ni la sacralité de l’Aïd al-Fitr ni l’âge du public auquel il s’adressait.

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est l’enthousiasme manifesté par les enfants à l’égard de cette chanson, ce qui nous pousse à nous interroger sur le système de valeurs dominant dans notre société, notamment chez les jeunes, qui représentent la colonne vertébrale de la société de demain.

Face à l’absence d’activités dans les maisons de jeunes et les clubs éducatifs au sein des établissements scolaires — qui contribuaient auparavant à inculquer les valeurs de respect et de discipline — et à la démission des institutions de socialisation (culturelles, politiques, éducatives…) de leur rôle fondamental, la société se retrouve livrée à une montée de la médiocrité au détriment des valeurs éthiques. On assiste à la promotion de modèles corrompus, souvent soutenus par diverses institutions, en premier lieu une grande partie des médias, qui donnent la parole à des figures promouvant, à travers leur apparence, leur discours et leurs idées, l’idée que la société a changé, et que les études et la réussite scolaire ne sont plus nécessaires pour réussir ou être heureux.

Il en va de même pour certains festivals et événements artistiques officiels, devenus des plateformes de normalisation du langage vulgaire, sur scène, devant un public composé de plusieurs générations : enfants, parents, grands-parents. L’atteinte portée à l’école, en tant que pilier essentiel de l’éducation — parfois plus encore que la famille — a également contribué à la propagation de la dépravation morale. Lutte contre les règles vestimentaires pour filles et garçons, affaiblissement de l’autorité des enseignants sur des aspects comme les coupes de cheveux… autant de facteurs ayant favorisé la perte de discipline et de valeurs, autrefois caractéristiques de la société marocaine.

Dans le contexte d’une explosion numérique, où les réseaux sociaux auraient pu être mis au service de l’intérêt général, on constate au contraire la prolifération de pages glorifiant d’anciens détenus, qui y racontent leurs expériences carcérales, non pas pour avertir les jeunes, mais pour se présenter comme des héros, en exposant leurs « exploits » derrière les barreaux. Ces pages sont devenues des arènes de confrontation entre criminels, au lieu de proposer des plateformes éducatives mettant en valeur des figures historiques marocaines ou mondiales inspirantes. Aujourd’hui, certains criminels vont jusqu’à filmer et diffuser leurs méfaits en direct, à visage découvert, fiers d’eux-mêmes, exhibant des armes blanches comme s’il s’agissait de stylos ou de téléphones.

Même la famille, noyau fondamental de la société, a vu ses valeurs bouleversées. Il n’est plus rare de voir une mère — cette « école » qui, si on la prépare bien, permet de former une génération noble — danser avec sa fille sur TikTok ou YouTube, tandis qu’un mari, censé préserver la pudeur de son épouse ou de sa mère, les expose comme des marchandises pour gagner de l’argent ou accéder à la célébrité, même au prix du scandale.

Bien sûr, lorsqu’il s’agit de faits encadrés par la loi, les forces de l’ordre interviennent avec rigueur et célérité. Mais la bataille dépasse le cadre sécuritaire ou juridique. On ne peut pas assigner un policier à chaque citoyen. Il s’agit plutôt d’un combat pour la conscience et la civilisation, qui nécessite la mobilisation de toutes les forces vives de la société pour participer à la formation de citoyens utiles à la société, aujourd’hui et demain. Cette mission éducative est semblable à un processus de culture : il faut d’abord préparer la graine, lui offrir un environnement propice, puis en suivre la croissance pour rectifier toute déviation. Sans cela, c’est notre survie civilisationnelle même qui est en péril.

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