
ALDAR / Meriem Hafiani
Les relations entre le Maroc et la Chine ne se limitent plus à une coopération diplomatique classique ni à des échanges commerciaux restreints. Au cours de la dernière décennie, elles se sont transformées en un partenariat stratégique global, offrant aux deux pays une opportunité historique de redessiner les équilibres de la coopération économique entre l’Afrique et l’Asie. À l’issue des dix premières années de ce partenariat, Rabat et Pékin semblent désormais prêts à ouvrir un nouveau chapitre placé sous le signe de l’investissement, de la production, de la technologie et de l’innovation, loin des logiques conjoncturelles et des intérêts à court terme.
Le choix du Maroc comme l’un des principaux partenaires de la Chine en Afrique du Nord n’a rien d’anodin. Le Royaume dispose aujourd’hui d’un écosystème économique qui en fait l’une des destinations les plus attractives du continent pour les investissements étrangers, grâce à sa stabilité politique, à ses réformes économiques, à ses infrastructures modernes et à ses plateformes portuaires de rang mondial, en particulier le port Tanger Med. À cela s’ajoute un vaste réseau d’accords de libre-échange qui permet aux investisseurs d’accéder à des marchés représentant plus de deux milliards de consommateurs en Europe, en Afrique, dans le monde arabe ainsi que sur les continents américain.
De son côté, la Chine considère le Maroc comme une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique et comme une plateforme industrielle et logistique capable d’accueillir des industries à forte valeur ajoutée, dans un contexte de profonde reconfiguration de l’économie mondiale et des chaînes internationales d’approvisionnement. L’objectif de Pékin ne se limite plus à exporter des produits manufacturés ; il consiste désormais à délocaliser des capacités de production et à investir directement dans des pays offrant un environnement compétitif, une orientation dont le Maroc apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires.
Les chiffres confirment cette évolution. Ces dernières années, de grands groupes chinois ont annoncé des investissements de plusieurs milliards de dollars au Maroc, notamment dans les secteurs des véhicules électriques, des batteries au lithium, des composants automobiles, des énergies renouvelables et des industries électroniques. Le Royaume s’impose ainsi comme un candidat sérieux pour devenir l’un des principaux pôles mondiaux de fabrication de composants destinés aux véhicules électriques, grâce à ses ressources minières – en particulier le phosphate – et à sa position géographique stratégique reliant l’Europe et l’Afrique.
Dans le domaine de l’énergie, le partenariat maroco-chinois ouvre également des perspectives considérables pour le développement de projets liés à l’hydrogène vert ainsi qu’aux énergies solaire et éolienne. Ces secteurs s’inscrivent pleinement dans la stratégie marocaine de transition énergétique et bénéficient du savoir-faire industriel chinois, aujourd’hui reconnu parmi les plus avancés au monde dans la fabrication de panneaux photovoltaïques, de batteries et de technologies de stockage de l’énergie.
Sur le plan technologique, la prochaine étape devrait voir la coopération s’étendre à l’intelligence artificielle, à la transformation numérique, à l’économie digitale, aux villes intelligentes et à la recherche scientifique. Le lancement de la stratégie « Maroc Digital 2030 » ouvre la voie à des partenariats d’envergure avec les entreprises chinoises de référence dans les domaines des technologies, des télécommunications et de l’innovation.
L’importance de ce partenariat dépasse toutefois le seul champ économique. Elle s’étend à la santé, à l’éducation, à la culture et au tourisme. La coopération entre les deux pays durant la pandémie de Covid-19 a démontré leur capacité à mettre en place des partenariats efficaces dans le domaine sanitaire. Parallèlement, les programmes d’échanges universitaires et culturels continuent de se renforcer, favorisant le rapprochement entre les deux peuples et conférant à cette relation une dimension humaine qui dépasse les seuls intérêts économiques.
Sur le plan politique, le Maroc et la Chine ont su préserver un haut niveau de confiance mutuelle ainsi qu’un respect constant de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de chacun, offrant ainsi un socle solide au développement de leurs relations, à l’écart des tensions internationales. Les deux pays partagent également une vision commune d’un ordre international plus équilibré, fondé sur la coopération, le développement et le respect des spécificités nationales, ce qui confère à leur partenariat une portée stratégique dépassant largement le cadre bilatéral.
Par ailleurs, l’adhésion du Maroc à l’Initiative « La Ceinture et la Route » a consolidé sa place dans la stratégie chinoise visant à développer les réseaux de commerce, d’investissement et d’infrastructures à l’échelle intercontinentale. En retour, la Chine bénéficie d’un partenaire stable, doté d’une position géographique exceptionnelle au carrefour de l’océan Atlantique et de la mer Méditerranée, véritable passerelle naturelle vers les marchés africains et européens.
Le véritable défi de cette deuxième décennie ne résidera pas dans la signature de nouveaux accords, mais dans leur concrétisation à travers de grands projets industriels, le transfert de technologies, la création d’emplois, le renforcement de la production locale et un rééquilibrage des échanges commerciaux, afin de garantir des bénéfices durables et mutuellement profitables aux deux partenaires.
Dix ans après l’établissement de leur partenariat stratégique global, une évidence s’impose : le Maroc et la Chine ne construisent pas seulement une relation bilatérale exemplaire, ils jettent les bases d’un nouveau modèle de coopération entre l’Asie et l’Afrique, fondé sur l’investissement, la production, l’innovation et le développement partagé. Si cette dynamique se poursuit au même rythme, la prochaine décennie pourrait bel et bien devenir « l’âge d’or » des relations maroco-chinoises, renforçant les intérêts des deux nations tout en consolidant leur place dans une économie mondiale en pleine mutation.







