
ALDAR / Iman Alaoui
Le dossier de Ceuta et Melilla revient au premier plan du débat politique en Espagne après une déclaration remarquée du dirigeant catalan Carles Puigdemont, qui a affirmé que les deux villes étaient situées au Maroc, ravivant ainsi l’attention autour d’une question qui, depuis des décennies, occupe une place centrale dans les débats sur les frontières et la souveraineté dans l’ouest de la Méditerranée.
La déclaration de Puigdemont est intervenue lors d’un entretien accordé au quotidien britannique The Times depuis son lieu de résidence en Belgique. Le responsable catalan y a abordé plusieurs questions politiques liées à l’Espagne avant d’évoquer le statut de Ceuta et Melilla, deux villes situées sur la côte nord du Maroc.
Les propos du dirigeant catalan revêtent une importance particulière au regard de son parcours politique. Puigdemont est en effet l’une des principales figures associées au mouvement indépendantiste catalan, qui a placé les questions de souveraineté, d’autodétermination et de relations avec Madrid au cœur de son affrontement politique avec le pouvoir central espagnol.
Cette position contraste nettement avec la position officielle espagnole concernant les deux villes. Madrid considère Ceuta et Melilla comme faisant partie du territoire espagnol, tandis que Rabat affirme qu’elles sont marocaines et que leur statut s’inscrit dans le cadre des questions liées à l’achèvement de l’intégrité territoriale du Royaume.
La déclaration de Puigdemont remet également en lumière la réalité géographique qui caractérise les deux villes. Situées sur la façade africaine de la Méditerranée et entourées par le territoire marocain, Ceuta et Melilla constituent depuis longtemps l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire des relations entre le Maroc et l’Espagne.
Cette prise de position intervient alors que les relations entre Rabat et Madrid ont connu une évolution importante ces dernières années, avec le renforcement de la coopération bilatérale dans les domaines de la sécurité, de l’immigration, du commerce, de l’investissement et de l’énergie. Les questions liées à la souveraineté et aux frontières historiques demeurent toutefois présentes en toile de fond de cette relation.
Pour le Maroc, Ceuta et Melilla ne constituent pas un simple dossier bilatéral ponctuel. Elles sont liées à la question de l’intégrité territoriale du Royaume ainsi qu’à un héritage historique remontant à la période de l’expansion coloniale européenne en Afrique du Nord, ce qui explique la persistance de cette question dans le discours politique et diplomatique marocain.
Dans ce contexte, la déclaration de Puigdemont ouvre une nouvelle fenêtre sur ce dossier au sein même du débat politique espagnol. Elle revêt une dimension politique particulière du fait qu’elle émane d’une personnalité connue pour ses positions de confrontation avec le pouvoir central de Madrid, donnant à cette déclaration une portée qui dépasse la simple description géographique.
Alors que Madrid maintient sa position officielle sur les deux villes, Rabat continue de réaffirmer leur marocanité, faisant de la question de Ceuta et Melilla l’un des dossiers qui illustrent les complexités liées à l’histoire, à la géographie et à la souveraineté dans l’espace méditerranéen.
Ainsi, Carles Puigdemont a remis cette question sous les projecteurs par le biais même de la politique espagnole, plaçant une nouvelle fois Ceuta et Melilla au centre d’un débat qui dépasse les frontières espagnoles pour toucher au cœur même des relations entre le Maroc et l’Espagne.




