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Le mouvement indépendantiste kabyle mise sur le droit, les institutions et la diplomatie pour imposer sa cause sur la scène internationale

ALDAR / Imane Alaoui

Le mouvement indépendantiste de Kabylie en Algérie cherche à faire évoluer sa cause, longtemps cantonnée au registre de la contestation politique et des revendications culturelles, vers une démarche plus structurée fondée sur la construction institutionnelle, le recours au discours juridique et diplomatique ainsi que le renforcement de sa présence internationale, dans l’objectif d’obtenir une reconnaissance plus large de sa revendication en faveur du droit à l’autodétermination.

Le mouvement, porté notamment par le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et le Gouvernement provisoire kabyle en exil, affirme que sa stratégie repose désormais sur l’action politique et institutionnelle ainsi que sur l’internationalisation du dossier, plutôt que sur la seule contestation interne. Au cours des dernières années, il a œuvré à la mise en place de structures représentatives et diplomatiques à l’étranger. Le 14 décembre 2025, depuis Paris, il a par ailleurs annoncé ce qu’il a présenté comme l’indépendance de la Kabylie et la création de la « République fédérale, laïque et démocratique de Kabylie ».

Le mouvement tente de présenter cette démarche comme l’aboutissement d’un long processus politique et juridique, en s’appuyant notamment sur l’activisme de la diaspora kabyle en Europe et en Amérique du Nord, ainsi que sur un réseau d’organisations et d’instances œuvrant à faire connaître la cause kabyle dans les enceintes internationales. Dans ce contexte, les représentants kabyles ont renforcé leur présence au sein de l’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO), dont l’Assemblée générale, réunie à La Haye à la fin du mois d’août 2026, a procédé au renouvellement de la représentation kabyle au sein de ses structures.

Le discours axé sur le droit à l’autodétermination, le droit international et les droits humains est également devenu un élément central de l’action du mouvement. Celui-ci cherche à présenter sa cause comme celle d’un peuple revendiquant des droits politiques, identitaires et institutionnels, face à ce qu’il décrit comme une marginalisation et des politiques de centralisation menées par les autorités algériennes.

De son côté, l’Algérie rejette catégoriquement le projet d’indépendance de la Kabylie et avait classé le MAK comme organisation terroriste en 2021. Les autorités algériennes considèrent le mouvement comme une organisation séparatiste menaçant l’unité du pays. Par ailleurs, l’ampleur réelle du soutien dont bénéficie le mouvement au sein de la Kabylie demeure controversée, en l’absence de données indépendantes permettant de la mesurer avec précision.

Selon certains observateurs, la principale évolution de la stratégie kabyle réside dans la volonté de construire une « cause internationale » intégrée, combinant institutions, communication politique, activité diplomatique et dénonciation de la situation des droits humains. Cette démarche vise à faire évoluer le mouvement d’une simple opposition politique vers un acteur cherchant à se présenter comme un projet politique susceptible d’être pris en considération sur la scène internationale.

Cette dynamique intervient alors que le dossier kabyle suscite un intérêt croissant dans certains cercles politiques étrangers. Des milieux politiques et parlementaires en Israël ont notamment évoqué la question kabyle après la proclamation de l’indépendance à Paris, tandis que le mouvement continue de présenter ses démarches et contacts à l’étranger comme faisant partie d’un processus de longue haleine visant à obtenir un soutien et une reconnaissance internationaux.

Ainsi, le mouvement indépendantiste kabyle mise sur la continuité de son action politique, la construction institutionnelle ainsi que les démarches juridiques et diplomatiques pour tenter de transformer sa revendication, d’un dossier relevant principalement de la politique intérieure algérienne, en une question à portée internationale. Une évolution qui place les autorités algériennes face à un nouveau défi politique et diplomatique concernant la manière de gérer les revendications indépendantistes au sein du pays.

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