Depuis le siège de l’ONU, le Maroc consolide sa présence dans la lutte mondiale contre les discours de haine

ALDAR / Naima Akhezane
Les Nations unies ont accueilli, jeudi 17 septembre 2026 à New York, une conférence mondiale de haut niveau consacrée au renforcement du dialogue et de la tolérance entre les religions et les cultures, ainsi qu’à la lutte contre les discours de haine. Cette initiative, organisée conjointement par l’ONU et le Royaume du Maroc, a réuni des responsables gouvernementaux, des dirigeants religieux, des universitaires, des représentants d’organisations internationales et régionales, de la société civile, ainsi que des représentants de différentes communautés religieuses, notamment juive, chrétienne, musulmane et hindoue.
La tenue de cette conférence intervient dans un contexte international marqué par une accélération de la propagation des discours de haine, notamment sous l’effet du développement croissant des plateformes numériques, des algorithmes et des technologies d’intelligence artificielle. Ces outils sont désormais capables d’amplifier en quelques instants la diffusion de certains messages, posant ainsi des défis croissants à la communauté internationale pour contenir des discours susceptibles, dans certains contextes, d’alimenter la violence, les tensions et les conflits.
La Conférence mondiale sur le renforcement du dialogue et de la tolérance entre les religions et les cultures dans la lutte contre les discours de haine s’inscrit dans les efforts des Nations unies visant à promouvoir la compréhension entre les peuples, les cultures et les religions. Elle a été organisée conjointement par le Bureau des Nations unies pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger, l’Alliance des civilisations des Nations unies et le Royaume du Maroc.
Dans son intervention, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a souligné que le thème de cette rencontre s’appuie sur l’un des principes fondamentaux consacrés par la Charte des Nations unies, à savoir l’engagement des peuples de l’Organisation à « pratiquer la tolérance et à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage ».
António Guterres a rappelé que, depuis huit décennies, les Nations unies œuvrent à traduire cet engagement dans la réalité, soulignant que la lutte contre les discours de haine, ainsi que la promotion de la tolérance et du dialogue, demeurent au cœur des efforts internationaux visant à bâtir des sociétés plus cohésives et pacifiques.
Le Secrétaire général de l’ONU a mis en garde contre les multiples formes que peuvent prendre les discours de haine, notamment le racisme, la misogynie, la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie ainsi que les discriminations visant les minorités et les groupes religieux ou ethniques. Il a relevé que ce phénomène bénéficie désormais de nouveaux outils technologiques, allant des plateformes numériques et des algorithmes à l’intelligence artificielle.
Il a également averti que les formes les plus dangereuses des discours de haine peuvent devenir un combustible pour la violence et les conflits et contribuer à la commission de crimes graves, notamment le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le nettoyage ethnique. Il a ainsi appelé l’ensemble des acteurs concernés à unir leurs efforts et à faire entendre une voix collective contre la haine, aussi bien dans l’espace numérique qu’en dehors de celui-ci.
Au cœur de cette mobilisation internationale, la présence du Maroc s’est particulièrement illustrée à travers l’intervention du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita. Celui-ci a souligné que la lutte contre les discours de haine et la promotion de la tolérance entre les religions et les cultures ne sauraient reposer sur des initiatives ponctuelles, mais exigent une action continue ainsi que des politiques fondées sur l’équité, la participation et l’égalité des chances.
Nasser Bourita a insisté sur le fait que la préservation de la dignité humaine constitue un fondement de la sécurité et de la stabilité. Il a expliqué que l’initiative marocaine d’organiser cette conférence s’inscrit dans l’esprit du message royal adressé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI aux participants à la neuvième édition du Forum mondial de l’Alliance des civilisations, organisée à Fès le 22 novembre 2022, dans lequel le Souverain avait souligné l’importance de parler de paix dans toutes les langues et à travers toutes ses expressions.
Le ministre marocain a relevé que la réalité des sociétés ramène constamment la question des discours de haine au premier plan, évoquant des situations quotidiennes dans lesquelles des personnes sont discriminées en raison de leur religion, de la couleur de leur peau ou de leurs origines. Il a notamment cité le cas d’une musulmane subissant des pressions en raison de son voile, d’un Juif dissimulant un symbole religieux par crainte d’une agression, d’un sportif pris pour cible en raison de la couleur de sa peau ou encore d’un migrant contraint de cacher son nom pour éviter les discriminations.
Nasser Bourita a souligné que la tolérance ne devrait pas rester une simple valeur théorique, mais doit devenir une pratique quotidienne, à l’école, dans la rue, dans les stades, dans les aéroports et dans l’espace numérique. Il a affirmé que la lutte contre la haine exige, dans son essence, du courage dans le discours, de la justice dans les politiques publiques et un travail continu pour s’attaquer aux causes de la marginalisation et restaurer la confiance entre l’individu, sa société et ses institutions.
De son côté, Miguel Ángel Moratinos, Secrétaire général adjoint des Nations unies et Haut Représentant de l’Alliance des civilisations des Nations unies, a appelé à renforcer la coopération entre les différentes communautés et institutions religieuses afin de lutter contre la haine, la polarisation et la discrimination.
Moratinos a estimé que la participation de représentants des communautés juive, chrétienne, musulmane et hindoue véhicule un message clair : les adeptes de différentes religions sont capables d’agir ensemble pour défendre la dignité humaine, le respect mutuel et les valeurs humaines communes.
En sa qualité d’Envoyé spécial des Nations unies pour la lutte contre l’islamophobie, Moratinos a souligné l’importance d’un dialogue étroit avec les communautés musulmanes et d’une coopération renforcée afin de lutter contre l’islamophobie, les préjugés et les discriminations visant les musulmans. Il a indiqué que les travaux visant à finaliser un plan d’action des Nations unies contre l’islamophobie se poursuivent, en coopération avec les États membres.
Le responsable onusien a également évoqué la montée des préoccupations liées à l’antisémitisme, faisant état d’une augmentation des incidents antisémites, des stéréotypes et des théories du complot. Il a réaffirmé son soutien aux communautés juives confrontées aux menaces, à l’intolérance et à la violence. Il a rappelé que les Nations unies avaient lancé, en 2025, un plan d’action visant à renforcer le suivi de l’antisémitisme et la réponse à ce phénomène à l’échelle du système des Nations unies.
Moratinos a insisté sur le fait que la conférence ne devait pas rester un simple espace de discussion et d’échange d’idées, mais constituer un point de départ pour des actions concrètes et des alliances plus solides contre la haine et la division.
Dans le même contexte, Chaloka Beyani, Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la prévention du génocide, a mis en garde contre la propagation rapide des discours de haine, dans un contexte marqué par l’évolution continue des technologies. Il a souligné que les outils numériques et l’intelligence artificielle, malgré leur immense potentiel au service de l’humanité, peuvent également être détournés à des fins susceptibles de provoquer des dommages considérables et graves.
Beyani a affirmé que les mots peuvent approfondir les divisions et contribuer à attiser la violence, évoquant des expériences historiques telles que l’Holocauste, le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 et le massacre de Srebrenica en 1995, ainsi que la persistance des discours d’incitation et de haine dans le contexte de plusieurs conflits actuels.
Il a expliqué que la stratégie et le plan d’action des Nations unies sur les discours de haine comportent des recommandations destinées à la fois à l’Organisation et à la communauté internationale, soulignant que la lutte contre ce phénomène exige un effort collectif auquel aucun acteur ne peut parvenir seul.
Il a également mis en avant l’importance du dialogue interreligieux et interculturel pour diffuser des messages capables de contrer la haine et la division et de mettre en lumière la force de l’unité humaine. Selon lui, la conférence constitue un point de départ pour bâtir des alliances plus solides contre les discours de haine, la désinformation et les fausses informations.
Pour sa part, le Président de l’Assemblée générale des Nations unies, Khaled El Khalifa, a souligné que la lutte contre l’intolérance et les discours de haine exige de renforcer le dialogue, la tolérance et la coopération entre les différentes composantes des sociétés. Il a salué le rôle joué par le Maroc dans la promotion de résolutions de l’Assemblée générale ayant affirmé que le dialogue entre les religions et les cultures constitue un outil essentiel pour lutter contre les discours de haine et renforcer la cohésion sociale, la paix et le développement.
Khaled El Khalifa a estimé que les discours de haine vont au-delà de la simple offense verbale, puisqu’ils portent atteinte à la dignité humaine, à l’égalité et aux valeurs sur lesquelles repose la Charte des Nations unies. Il a averti qu’ils peuvent alimenter la discrimination, l’exclusion et la violence et, dans les cas les plus extrêmes, contribuer à la commission de crimes atroces.
Il a également relevé que les technologies numériques et l’intelligence artificielle accélèrent considérablement la propagation de récits fondés sur la haine et de fausses informations, tout en influençant le débat public. Il a toutefois souligné que l’utilisation responsable de ces outils peut contribuer à détecter les risques, à faciliter l’accès à des informations fiables et à renforcer la capacité des sociétés à résister aux discours de haine.
Le Président de l’Assemblée générale des Nations unies a insisté sur le fait que les racines des discours de haine sont souvent liées à la peur, à l’ignorance et à l’absence de communication entre les adeptes de différentes religions et cultures. Il a appelé à investir davantage dans l’éducation, l’éducation aux médias et à l’information, l’autonomisation des jeunes et le soutien aux communautés locales, tout en renforçant la coopération entre les gouvernements, les entreprises technologiques, les médias, les établissements éducatifs, la société civile et les organisations religieuses.
La tenue de cette conférence au siège des Nations unies à New York illustre une volonté croissante de passer du simple diagnostic des risques liés aux discours de haine à la construction de partenariats concrets pour y faire face, à l’heure où les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle imposent de nouveaux défis aux efforts de prévention de l’incitation, de l’extrémisme et de la violence.
À travers l’engagement du Maroc dans cette dynamique onusienne aux côtés des institutions des Nations unies, se dessine l’importance d’une approche faisant du dialogue interreligieux et interculturel, de la tolérance et de la coexistence des instruments concrets de prévention des divisions, de promotion de la paix et de la stabilité et de préservation de la dignité humaine.







