
ALDAR – Imane Alaoui
Le Maroc vient de franchir une nouvelle étape stratégique dans le développement du Gazoduc Atlantique Afrique (Nigeria-Maroc). La signature de l’Accord intergouvernemental (IGA) à Freetown, en Sierra Leone, marque un tournant décisif en faisant passer le projet de la phase de planification à celle de la mise en œuvre institutionnelle et opérationnelle. Cette avancée consolide la position géostratégique du Royaume en tant qu’acteur majeur de la sécurité énergétique africaine et partenaire de confiance de l’Union européenne.
L’accord a été signé en marge du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), conférant au projet une dimension continentale sans précédent. L’adhésion officielle de l’organisation régionale renforce cette initiative lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari, aujourd’hui activement portée par le président Bola Ahmed Tinubu comme l’un des plus ambitieux projets d’intégration économique du continent africain.
Au-delà de sa portée juridique, cet accord traduit une véritable recomposition de la géographie économique africaine. Le Maroc se retrouve désormais au cœur d’un corridor énergétique stratégique destiné à acheminer les importantes réserves de gaz naturel de l’Afrique de l’Ouest vers les marchés européens, via un tracé atlantique traversant le territoire marocain avant son raccordement au gazoduc Maghreb-Europe. Cette configuration place le Royaume au centre des chaînes d’approvisionnement énergétique reliant l’Afrique à l’Europe.
Le choix de Casablanca pour accueillir le siège de la société de projet témoigne également de la confiance accordée aux capacités marocaines en matière de gestion des grands projets structurants. Le Royaume s’impose ainsi comme un hub régional de décision et de pilotage pour l’une des plus importantes infrastructures énergétiques du continent. Parallèlement, la Haute Autorité du Gazoduc, qui sera basée à Abuja, sera chargée de la gouvernance, de la coordination entre les États participants et de la préparation de la décision finale d’investissement.
Long d’environ 6 800 kilomètres, le gazoduc traversera treize pays africains bordant l’océan Atlantique et disposera d’une capacité de transport annuelle de 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Près de la moitié de ces volumes sera destinée au Maroc et aux marchés européens, tandis que le reste alimentera les pays d’Afrique de l’Ouest afin de répondre à leurs besoins énergétiques et de soutenir leur industrialisation.
Estimé à près de 25 milliards de dollars, ce projet dépasse largement le cadre d’une simple infrastructure de transport de gaz. Il ambitionne de créer un nouvel espace économique intégré reliant les économies ouest-africaines, de garantir un accès durable à l’énergie, de stimuler les investissements industriels, de renforcer la production d’électricité et d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement pour l’ensemble de la région.
Le projet est porté conjointement par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), après l’achèvement des principales études techniques, d’ingénierie et d’impact environnemental. Les deux partenaires considèrent désormais le projet prêt à entrer dans sa phase de développement opérationnel, dès la finalisation des dernières procédures juridiques, notamment la signature attendue de l’accord entre le Maroc et la Mauritanie, seuls pays concernés qui ne sont pas membres de la CEDEAO.
Ces avancées confirment que l’initiative lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’est progressivement transformée en un projet continental bénéficiant d’un soutien croissant des États africains. Au-delà de son impact énergétique, le Gazoduc Atlantique Afrique redessine les contours de la coopération Sud-Sud et confère au Maroc un rôle central dans la nouvelle architecture énergétique mondiale, non seulement comme pays de transit, mais aussi comme plateforme stratégique d’investissement, de distribution et d’intégration économique entre l’Afrique et l’Europe, à un moment où la demande internationale pour des corridors énergétiques sûrs et stables ne cesse de s’intensifier.




