A LA UNESPORT

Rentrez en Algérie sans rien.. L’Algérie n’a tenu qu’une seule promesse : quitter le Mondial avant l’heure

Par Imane Al Alaoui

Il n’aura fallu que quatre-vingt-dix minutes pour que l’aventure algérienne au Mondial prenne fin. Pas de suspense, pas de scénario héroïque, pas même l’illusion d’un exploit. Battus 2-0 par une Suisse parfaitement maîtresse de son sujet, les Fennecs ont quitté la compétition avec le sentiment d’avoir confirmé ce que beaucoup redoutaient déjà : les ambitions affichées étaient bien plus grandes que les moyens démontrés sur le terrain.

Cette élimination dépasse largement le simple cadre d’un résultat sportif. Elle ravive une question devenue récurrente : comment les responsables continuent-ils à promettre des lendemains glorieux alors que les mêmes dysfonctionnements se répètent, compétition après compétition ?

Avant le tournoi, les discours étaient empreints de confiance, parfois même d’euphorie. Sur la pelouse, en revanche, le football a rappelé une vérité élémentaire : les conférences de presse ne marquent pas de buts, les déclarations d’intention ne gagnent pas de matches et les slogans ne remplacent jamais le talent, l’organisation et la préparation.

Face à une Suisse disciplinée, rigoureuse et parfaitement consciente de son plan de jeu, l’Algérie a donné l’image d’une équipe hésitante, sans véritable fil conducteur, comme si elle cherchait encore son identité au moment où son adversaire connaissait déjà le chemin vers la qualification.

Au coup de sifflet final, ce n’est pas seulement un score de 2-0 qui s’est affiché sur le tableau lumineux. C’est aussi une formule devenue tristement familière qui est revenue hanter les supporters : « Rentrez en Algérie… ». Cette fois, elle semblait se compléter d’elle-même : « …sans rien. »

Aucune victoire à célébrer. Aucun exploit à raconter. Aucun contenu de jeu susceptible d’alimenter les souvenirs. Même l’argument de la malchance semblait difficile à invoquer. Les valises sont revenues pleines de déception, tandis que les promesses sont restées suspendues, comme autant d’engagements jamais concrétisés.

Pendant que la sélection peinait à exister sur le terrain, les réseaux sociaux, eux, faisaient preuve d’une créativité débordante. Les internautes ont multiplié les traits d’humour, souvent plus inspirés que le jeu proposé par leur équipe.

« La seule promesse tenue, c’est le retour anticipé », écrivait l’un d’eux. Un autre lançait : « Les autres cherchent la finale, nous maîtrisons déjà le chemin de l’aéroport. » Un troisième concluait avec une ironie mordante : « Au moins, les bagages ne se sont pas perdus pendant le voyage. C’est la seule chose qui soit rentrée sans encombre. »

Au-delà de la plaisanterie, de nombreux observateurs voient dans cette élimination le reflet d’un malaise plus profond. Pour une partie des critiques, les difficultés du football ne peuvent être dissociées des problèmes de gouvernance, du manque de reddition des comptes et des défaillances de gestion qui toucheraient d’autres secteurs. Cette interprétation relève du débat politique et n’explique pas, à elle seule, une défaite sportive. Elle permet néanmoins de mesurer l’ampleur de la frustration exprimée par une partie de l’opinion publique.

Le football possède une qualité que peu d’autres domaines revendiquent : il est d’une impartialité absolue. Il ignore les slogans, les discours triomphalistes et les campagnes de communication. Une seule question compte : qu’avez-vous réellement montré pendant quatre-vingt-dix minutes ? Et la réponse, aux yeux de nombreux supporters, est tombée avec une brutalité difficile à contester.

L’Algérie rentre donc chez elle plus tôt que prévu. Les joueurs repartent avec une nouvelle désillusion, tandis que les supporters attendent toujours un véritable projet sportif capable de dépasser les effets d’annonce. Les interrogations, elles, demeurent intactes : qui assumera les responsabilités ? Qui remettra le système en question ? Et surtout, qui reconnaîtra que la crise ne se résume peut-être pas à une simple élimination mondiale ?

Car au fond, la Suisse n’a peut-être été que le dernier adversaire d’une équipe déjà fragilisée par des années de promesses sans lendemain, de choix contestés et d’illusions entretenues. Le football, lui, reste fidèle à sa logique implacable : seuls les buts franchissant la ligne de but comptent. Les grands discours, aussi éloquents soient-ils, n’ont jamais offert la moindre qualification.

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