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Pourquoi Ethiopian Airlines domine-t-elle l’Afrique pendant que “La RAM” recule ?

Pourquoi Ethiopian Airlines domine-t-elle l’Afrique pendant que “La RAM” recule ?

ALDAR/ Sara El Wekili

Alors qu’Ethiopian Airlines continue de consolider sa position de meilleure compagnie aérienne du continent africain, consacrée une nouvelle fois par le prix “Best Airlines in Africa” lors des APEX Awards 2026 — et ce pour la neuvième année consécutive — une question centrale refait surface au Maroc : où se situe aujourd’hui Royal Air Maroc dans cette compétition continentale, et pourquoi n’a-t-elle pas encore réussi à atteindre ce même sommet, malgré les importantes ressources dont elle dispose ?

Cette nouvelle consécration répétée de la compagnie éthiopienne ne relève pas du simple événement ponctuel. Elle traduit une trajectoire stratégique de long terme, fondée sur des investissements soutenus dans la flotte, l’expansion du réseau aérien et l’ouverture vers des marchés lointains en Asie et en Amérique latine. Elle repose également sur un modèle de gouvernance souvent décrit par les experts du secteur comme plus agile et davantage aligné sur les logiques de compétitivité mondiale.

À l’inverse, la situation du transporteur marocain soulève un ensemble de questions relatives à l’efficacité du modèle de gestion, à la rapidité de prise de décision et à la capacité de transformer l’atout géographique du Maroc en véritable puissance aérienne continentale.

Sur le papier, Royal Air Maroc dispose de tous les facteurs favorables à la compétition : une position géographique stratégique reliant l’Afrique, l’Europe et les Amériques, un soutien étatique structurant, une présence historique forte sur le continent africain et un réseau de destinations parmi les plus diversifiés de la région. L’aéroport de Casablanca constitue également l’un des principaux hubs aériens d’Afrique du Nord et de l’Ouest. Pourtant, ces atouts n’ont pas encore été pleinement convertis en leadership durable dans les classements internationaux.

WhatsApp Image 2026 05 04 at 15.16.42 scaledDe son côté, Ethiopian Airlines a réussi à bâtir un modèle différent, fondé sur une plus grande autonomie de gestion, des investissements continus dans la modernisation de sa flotte et une stratégie d’expansion offensive vers les marchés émergents, en particulier en Afrique, où la compagnie joue aujourd’hui un rôle central dans la connectivité aérienne entre de nombreuses capitales.

L’enjeu dépasse ainsi la seule question des capacités matérielles. Il touche au cœur même de la gouvernance interne et à la rapidité d’adaptation aux mutations profondes de l’industrie aérienne mondiale. Car cette dernière ne se mesure plus uniquement au nombre d’appareils ou de destinations, mais également à la qualité de service, à la digitalisation, à la maîtrise des coûts et à l’expérience client — autant de critères devenus déterminants dans les classements internationaux.

La concurrence en Afrique s’est par ailleurs intensifiée ces dernières années, avec l’émergence de compagnies adoptant des stratégies d’expansion agressives et des partenariats internationaux ciblés. Dans ce contexte, le marché marocain est lui aussi appelé à réévaluer certains choix stratégiques, notamment en matière de renouvellement de la flotte, de modernisation de l’expérience passager et de renforcement des connexions avec les marchés émergents en Asie et en Amérique.

Pour autant, il convient de noter que Royal Air Maroc a connu une amélioration notable de plusieurs indicateurs ces dernières années, notamment depuis la pandémie de Covid-19, avec une reprise progressive de l’expansion du réseau, le lancement de programmes de renouvellement de la flotte et le renforcement de sa présence en Afrique. Mais cette dynamique demeure, selon plusieurs observateurs, insuffisante pour atteindre un leadership continental stable comparable à celui d’Ethiopian Airlines.

Au final, la question ne se limite plus à déterminer “qui est le meilleur en Afrique”, mais plutôt à comprendre “comment Royal Air Maroc est-elle gouvernée et selon quel modèle de gestion peut-elle transformer ses atouts structurels en avantage compétitif global ?”. Entre un modèle éthiopien en croissance continue et un modèle marocain disposant de solides fondations mais en quête d’accélération stratégique, l’enjeu central reste la capacité à passer d’une compagnie nationale performante à un acteur continental dominant, dans un secteur où l’hésitation coûte cher et où seule l’efficacité durable est récompensée.

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