L’investisseur fantôme en Algérie : Tebboune vend du rêve, les Algériens cherchent toujours le mystérieux Malaisien

ALDAR/ Imane Alaoui
À chaque fois que les crises économiques et sociales s’aggravent en Algérie, le pouvoir dégaine une nouvelle annonce d’« investissement historique », comme si le pays était constamment à deux doigts d’un miracle économique capable de le propulser au rang des grandes puissances industrielles mondiales en quelques mois seulement. Le dernier épisode de cette série politico-médiatique met en scène un fameux « investisseur malaisien », devenu pour de nombreux Algériens un personnage presque mythique, davantage proche d’une légende que d’un véritable homme d’affaires.
Les médias officiels algériens, que certains opposants surnomment ironiquement « les chaînes de la propagande et des applaudissements », ont présenté ce projet malaisien comme une révolution économique appelée à transformer l’Algérie en géant industriel. Des milliards de dollars annoncés, des milliers d’emplois promis, des usines géantes dans l’énergie, les minerais ou encore l’aluminium… Une avalanche de slogans qui a laissé croire à une partie de l’opinion publique que Kuala Lumpur s’apprêtait à transférer toute son économie vers Alger.
Mais une fois le vacarme médiatique retombé, une question a commencé à hanter les réseaux sociaux et les discussions de rue : où est donc cet investisseur malaisien ? Où sont les usines et les projets annoncés ? Les Algériens ont-ils vu autre chose que des communiqués officiels, des photos protocolaires et des sourires de circonstance ?
Les critiques du régime estiment aujourd’hui que le président Abdelmadjid Tebboune s’est spécialisé dans ce qu’ils appellent « l’économie de l’illusion », où les annonces officielles deviennent rapidement des sujets de moquerie populaire. Car pendant que le chef de l’État promet des bonds économiques spectaculaires, de nombreux citoyens continuent de faire la queue pour des produits de première nécessité, tandis que le chômage et la hausse du coût de la vie continuent d’étouffer le quotidien.
Sur les réseaux sociaux, certains internautes ironisent en affirmant que « l’investisseur malaisien » semble être le cousin du célèbre slogan de « l’Algérie puissance régionale », omniprésent dans les discours officiels mais rarement accompagné de réalisations économiques concrètes. À chaque nouvelle crise, disent-ils, un projet géant ou un investissement “historique” surgit soudainement avant de disparaître discrètement aussi vite qu’il est apparu.
De son côté, la presse proche du pouvoir a largement participé à cette campagne d’embellissement, présentant la visite et les annonces comme le début d’une nouvelle ère économique. Pourtant, beaucoup d’Algériens considèrent que la réalité quotidienne dément ce récit optimiste. Pour un citoyen à la recherche d’un logement, d’un emploi ou simplement d’un pouvoir d’achat décent, les longs communiqués officiels importent moins que les résultats visibles sur le terrain.
La véritable crise du système algérien ne résiderait donc pas uniquement dans l’économie, mais aussi dans une perte croissante de crédibilité. À force de promesses grandioses sans effets tangibles, le discours officiel finit par devenir un sujet de dérision publique, aussi bien dans la rue que sur les plateformes numériques. Une question sarcastique revient désormais fréquemment : « Cet investisseur malaisien existe-t-il vraiment ou n’est-il qu’un personnage saisonnier des journaux télévisés ? »
Le pouvoir algérien semble ainsi continuer à miser sur la politique de « l’annonce avant la réalisation », alors qu’une grande partie de la population attend désormais quelque chose de plus concret que des déclarations enthousiastes : de vrais projets, de véritables emplois et une économie qui ne vive pas uniquement dans les discours présidentiels et les bulletins de la télévision publique.




