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L’initiative d’ouvrir un consulat mauritanien à Laâyoune place Nouakchott devant un nouveau test diplomatique

Par ALDAR / Imane Alaoui

Les relations entre le Maroc et la Mauritanie traversent actuellement une phase de stabilité mesurée, marquée par un rapprochement progressif et réfléchi. Pourtant, une récente initiative pourrait transformer cette dynamique discrète en un tournant politique chargé de symboles régionaux. En effet, la Coordination des Tribus du Sud a adressé une requête officielle au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, via l’ambassade de Mauritanie à Rabat, sollicitant l’ouverture d’un consulat mauritanien à Laâyoune, capitale des provinces du Sud du Royaume du Maroc. L’objectif : assurer des services administratifs aux ressortissants mauritaniens de plus en plus nombreux dans cette région.

Cette demande ne surgit ni dans le vide politique ni dans un contexte neutre. Elle découle directement des difficultés quotidiennes auxquelles fait face la communauté mauritanienne installée à Laâyoune, Dakhla, Tarfaya ou Smara. Pour renouveler un document civil, légaliser un dossier ou obtenir un acte administratif, ces citoyens sont contraints de parcourir des centaines de kilomètres jusqu’à Casablanca, avec des coûts de transport élevés et des délais particulièrement contraignants. Pour beaucoup, ces démarches sont devenues un obstacle majeur à l’exercice de leurs droits les plus élémentaires.

Au-delà de la dimension pratique et humanitaire, l’initiative s’inscrit dans une nouvelle configuration diplomatique liée à la question du Sahara marocain, notamment après l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Ce texte réaffirme la pertinence du plan marocain d’autonomie comme solution réaliste au différend, tandis que les références au référendum ou à l’option séparatiste s’estompent nettement. Dans ce nouveau paysage géopolitique, l’ouverture de consulats à Laâyoune ou Dakhla n’est plus un geste symbolique mais un acte diplomatique pleinement inscrit dans les dynamiques internationales actuelles.

Alors que plusieurs pays africains, arabes et asiatiques ont déjà ouvert des consulats dans les provinces du Sud, la Mauritanie a conservé une position qualifiée de « neutralité inclinée », en raison de son voisinage sensible et de l’équilibre complexe de ses relations avec Rabat et Alger. C’est ce qui confère à la demande actuelle une portée bien plus large qu’une simple démarche administrative : elle apparaît comme un test diplomatique révélateur des orientations futures de Nouakchott dans une région qui passe progressivement du statut de zone de litige à celui d’espace d’influence géopolitique structuré.

Par ailleurs, la montée en puissance économique des provinces du Sud — où Laâyoune et Dakhla deviennent de véritables plateformes africaines — place la Mauritanie devant une réalité nouvelle. Les Mauritaniens installés dans ces territoires ne sont plus de simples visiteurs passagers : ils participent activement au tissu commercial, social et humain en pleine expansion.

L’heure est désormais à la décision. Une réponse favorable serait perçue comme un signal politique fort, ouvrant une nouvelle étape dans les relations bilatérales avec Rabat. Un refus, ou même un silence prolongé, nourrirait l’interprétation d’une Mauritanie attachée à une prudence diplomatique persistante, quitte à laisser sa propre communauté dans l’attente.

Dans un contexte régional en mutation profonde, ignorer cette requête semble de plus en plus difficile. Y répondre, en revanche, serait un choix stratégique pesé par plusieurs équilibres. La vraie question n’est donc plus de savoir si un consulat peut être ouvert, mais si Nouakchott est prête à saisir cette nouvelle réalité — ou à continuer d’attendre des équations géopolitiques qu’elle ne maîtrise plus seule.

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