
ALDAR/ Sara El Oukili
Au cours des dernières années, le Maroc a adopté une ligne diplomatique claire fondée sur la défense ferme de ses intérêts stratégiques, au premier rang desquels figure la question du Sahara marocain. Cette orientation a conduit Rabat à adopter des positions résolues à l’égard de plusieurs États qu’il considère comme soutenant ses adversaires ou impliqués dans des activités susceptibles de menacer sa sécurité nationale. Dans ce contexte, les positions du Royaume à l’égard de pays comme l’Iran, l’Algérie, Cuba et le Venezuela se sont particulièrement illustrées, ces États étant souvent associés, dans le discours politique marocain, à des positions hostiles à l’intégrité territoriale du Maroc ou à un soutien au Front Polisario.
S’agissant de l’Iran, le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran en 2018, après avoir accusé officiellement le régime iranien d’apporter un soutien militaire et logistique au Front Polisario par l’intermédiaire de réseaux liés au Hezbollah libanais. Le ministère marocain des Affaires étrangères avait alors affirmé que des éléments du mouvement séparatiste avaient reçu un entraînement militaire et que des armes sophistiquées leur avaient été transférées via des canaux liés à l’Iran. Rabat avait considéré ces faits comme une menace directe pour sa sécurité nationale et pour la stabilité régionale. Cette rupture n’était pas la première entre les deux pays : le Maroc avait déjà coupé ses relations avec Téhéran en 2009, invoquant des ingérences iraniennes dans les affaires religieuses et des tentatives d’influence sur l’identité religieuse du Royaume. Les relations avaient été brièvement rétablies avant de se détériorer à nouveau.
La relation avec l’Algérie demeure, quant à elle, l’un des dossiers les plus complexes de la diplomatie maghrébine. Les tensions entre les deux pays remontent à plusieurs décennies et trouvent principalement leur origine dans le différend autour du Sahara. Rabat considère en effet Alger comme le principal soutien politique, financier et logistique du Front Polisario. Les relations ont atteint un point culminant en août 2021 lorsque l’Algérie a annoncé la rupture officielle de ses relations diplomatiques avec le Maroc, accusant Rabat d’« actes hostiles ». Cette décision s’inscrivait toutefois dans un contexte de tensions accumulées depuis de nombreuses années, marqué notamment par la fermeture des frontières terrestres entre les deux pays depuis 1994, ce qui a contribué à geler presque totalement les relations bilatérales pendant plus d’un quart de siècle.
En Amérique latine, Cuba et le Venezuela ont historiquement été associés au soutien au Front Polisario, dans le cadre des équilibres idéologiques hérités de la guerre froide. Ces deux pays ont longtemps figuré parmi les plus fervents défenseurs de la thèse de « l’autodétermination » dans les instances internationales, offrant pendant des décennies un appui politique et diplomatique au mouvement séparatiste. Toutefois, les transformations politiques et économiques intervenues ces dernières années dans la région ont contribué à un relatif recul de ce soutien, notamment avec l’évolution des rapports de force en Amérique latine et le renforcement de la présence diplomatique marocaine sur le continent.
Parallèlement, le Maroc a adopté au cours de la dernière décennie une stratégie diplomatique relativement offensive, fondée sur l’élargissement de son réseau d’alliances internationales et le renforcement de sa présence économique et politique en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Cette politique a produit d’importants gains diplomatiques, parmi lesquels l’augmentation du nombre de pays soutenant l’initiative d’autonomie proposée par Rabat comme solution au conflit du Sahara sous souveraineté marocaine, ainsi que l’ouverture de dizaines de consulats étrangers dans les villes de Laâyoune et de Dakhla. Pour Rabat, ces initiatives constituent une reconnaissance de facto de la marocanité du Sahara.
La politique étrangère marocaine repose désormais sur un équilibre entre ouverture diplomatique et fermeté politique. Rabat cherche à développer de larges partenariats économiques et stratégiques avec les puissances internationales, tout en n’hésitant pas à adopter des positions fermes à l’égard des États qu’il considère comme soutenant ses adversaires ou impliqués dans des actions menaçant sa sécurité nationale.
Dans un contexte international marqué par des mutations rapides, cette approche s’inscrit dans une vision plus large visant à consolider la position du Maroc en tant qu’acteur régional influent en Afrique du Nord et sur l’ensemble du continent africain, tout en maintenant une ligne rouge claire autour de son intégrité territoriale et de la défense de ses intérêts stratégiques.




