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Ceuta et Melilla embrasent les médias israéliens : le mur du silence autour de « l’occupation espagnole » commence-t-il à se fissurer ?

ALDAR/ Iman Alaoui

Ceuta et Melilla sont de nouveau au centre de l’attention des médias israéliens, dans une perspective qui revêt un intérêt particulier au Maroc. Plusieurs médias israéliens ont en effet commencé à remettre sur le devant de la scène la question du statut des deux villes, non plus seulement comme de simples enclaves espagnoles en Afrique du Nord, mais dans un contexte qui renvoie à l’histoire coloniale et s’attarde sur une réalité géographique incontournable : leur présence sur le territoire marocain.

De Ynet à The Times of Israel, en passant par Israel Hayom et Makor Rishon, plusieurs articles et analyses publiés récemment ont abordé la question des deux villes dans des termes plus directs, certains établissant un lien entre la présence espagnole et l’héritage colonial, tandis que d’autres vont jusqu’à les qualifier explicitement de « territoires marocains occupés ». Une formulation qui se rapproche sensiblement du fond de la position marocaine, selon laquelle Ceuta et Melilla font partie intégrante du territoire national du Royaume et que l’achèvement de l’intégrité territoriale demeure une question non encore résolue.

Cette nouvelle attention médiatique revêt une importance particulière dans la mesure où elle ne provient ni de médias marocains ni de médias arabes, mais de publications israéliennes s’adressant à un public différent et qui, depuis l’intérieur même du débat israélien, remettent sur la table une question particulièrement sensible pour l’Espagne : comment une présence européenne peut-elle se maintenir sur un territoire africain alors que la décolonisation est devenue un principe solidement établi dans l’ordre international ?

Dans l’une de ses analyses, Ynet a notamment évoqué la possibilité que le Maroc remette la question de Ceuta et Melilla plus fortement à l’agenda international, dans un contexte marqué par les mutations géopolitiques et l’évolution des rapports entre les puissances occidentales. Le média souligne que ce dossier pourrait devenir un nouvel instrument stratégique pour Rabat. L’article revient également sur la situation géographique et l’histoire des deux villes, deux territoires espagnols situés sur la façade nord du Maroc et qui constituent, ensemble, les seules frontières terrestres de l’Union européenne avec le continent africain.

De son côté, The Times of Israel a également publié des articles mettant en cause le traitement différencié des questions liées à l’occupation et au colonialisme, en inscrivant la présence espagnole à Ceuta et Melilla dans un débat plus large sur les territoires qui demeurent sous le contrôle de puissances européennes en dehors du continent européen. Cette approche revêt une dimension symbolique particulière lorsqu’elle apparaît dans un contexte israélien où les notions d’« occupation », de « colonisation » et de « droit international » occupent traditionnellement une place centrale dans le débat politique et médiatique quotidien.

Israel Hayom a, pour sa part, de nouveau abordé la question de Ceuta dans le contexte des crises migratoires et frontalières, présentant les deux villes comme des enclaves espagnoles entourées par le territoire marocain. Une réalité géographique qui met directement en lumière la singularité du statu quo : deux villes africaines situées sur le littoral marocain, mais placées sous souveraineté espagnole et considérées par Madrid comme faisant partie de son territoire.

La question prend une dimension supplémentaire lorsque l’histoire est prise en compte. Ceuta a d’abord été placée sous domination portugaise avant de passer sous contrôle espagnol, tandis que la présence espagnole à Melilla remonte à plusieurs siècles, dans le contexte de l’expansion européenne en Afrique du Nord. Du point de vue de Rabat, le passage du temps ne saurait transformer une présence coloniale en réalité définitive, ni priver le Maroc de son droit à revendiquer ses territoires, pas davantage que plusieurs décennies n’ont suffi à clore d’autres dossiers coloniaux qui ont marqué l’histoire du XXe siècle.

La réouverture de ce dossier dans les médias israéliens place ainsi le récit espagnol face à un paradoxe politique et médiatique manifeste. Madrid défend fermement sa souveraineté sur les deux villes et refuse de les inclure dans d’éventuelles négociations relatives à l’intégrité territoriale du Maroc. Rabat considère, pour sa part, que cette question fait partie intégrante de l’achèvement de son indépendance et de son unité territoriale.

Plus frappant encore, certaines voix médiatiques israéliennes ne se contentent plus de rapporter la position marocaine, mais abordent le maintien de la présence espagnole comme une situation méritant d’être interrogée sur les plans politique et historique. Cette évolution dans la manière de traiter la question contribue à la faire sortir du cadre étroit du « différend maroco-espagnol » pour l’inscrire dans une réflexion plus large sur l’héritage du colonialisme européen en Afrique et sur la compatibilité du maintien de la souveraineté espagnole sur les deux villes avec les principes qui ont structuré l’ère postcoloniale.

Ces développements interviennent alors que les relations maroco-espagnoles connaissent d’importantes évolutions et que certaines positions politiques et diplomatiques de Madrid ont également suscité des critiques au Maroc. Un contexte qui rend la question de Ceuta et Melilla davantage susceptible de revenir au premier plan du débat public. La couverture israélienne du dossier ajoute en outre une nouvelle dimension à la scène, puisqu’elle montre que la question n’est plus totalement circonscrite au face-à-face entre Rabat et Madrid, mais qu’elle suscite désormais un intérêt extérieur, notamment auprès de médias internationaux et israéliens qui s’intéressent à ses dimensions historiques et géopolitiques.

Dans un contexte où Rabat maintient fermement sa position, le retour de Ceuta et Melilla dans les médias israéliens apparaît donc comme un signal politique et médiatique particulièrement significatif. Plus la question sort du cadre bilatéral maroco-espagnol et plus elle est abordée dans des médias internationaux sous l’angle de l’histoire, du colonialisme et du droit international, plus il devient difficile de présenter le statu quo comme une situation naturelle, définitive ou échappant à toute discussion.

Pour le Maroc, le fond du dossier est clair : Ceuta et Melilla ne sont pas de simples points sur la carte de la Méditerranée, ni de simples exceptions géographiques au sein du continent africain. Elles constituent une composante de la question de l’intégrité territoriale du Royaume et un dossier lié à l’achèvement de la souveraineté nationale.

C’est précisément là que réside le paradoxe que la presse israélienne commence elle-même à mettre en lumière : alors que le monde a officiellement tourné la page du colonialisme européen, deux villes géographiquement situées sur le territoire marocain demeurent sous souveraineté espagnole, tandis que Madrid continue de refuser l’ouverture d’un véritable débat sur leur avenir.

Dès lors, le retour de Ceuta et Melilla dans les médias israéliens ne constitue pas simplement une vague médiatique passagère. Il pourrait être interprété comme le signe que, dès lors qu’elle parvient à s’inscrire dans le débat international, la question marocaine peut être lue à travers des angles qui dépassent le récit traditionnel espagnol et faire resurgir une nouvelle fois la question la plus embarrassante pour Madrid : si l’ère coloniale est révolue, pourquoi Ceuta et Melilla demeurent-elles en dehors de la souveraineté marocaine ?

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