
ALDAR/ Iman Alaoui
Les regards se tournent désormais vers Rabat, perçue dans les capitales européennes et américaines comme l’acteur le plus équilibré dans l’équation du changement à venir au sein de l’espace maghrébin. Selon des informations relayées dans des cercles diplomatiques occidentaux, la région s’acheminerait vers une décrispation politique majeure susceptible de mettre fin à des années de rupture entre le Maroc et l’Algérie, dans un contexte où le Royaume semble aborder cette nouvelle phase avec assurance et constance stratégique.
Depuis le déclenchement de la crise diplomatique en 2021, le Maroc a maintenu un discours officiel mesuré et ouvert au dialogue. À plusieurs reprises, Rabat a affirmé que « la main du Maroc reste tendue » à l’égard de ses frères algériens, insistant sur le fait que la coopération régionale constitue un choix stratégique irréversible. Aujourd’hui, à la faveur d’un rééquilibrage des rapports de force et face aux pressions économiques et sécuritaires croissantes dans la région, l’approche marocaine fondée sur le réalisme politique semble s’imposer comme une évidence.
Les recompositions géopolitiques rapides, notamment au Sahel et sur la rive sud de la Méditerranée, ont renforcé chez de nombreux partenaires internationaux la conviction que la stabilité de l’Afrique du Nord passe par Rabat, considérée comme un partenaire fiable sur les dossiers de sécurité, de migration, d’énergie et d’investissement. Dans ce contexte, tout processus de réconciliation maghrébine éventuel devrait s’inscrire dans le respect des constantes nationales marocaines, au premier rang desquelles figure la question du Sahara.
La décision du président américain Donald Trump, en décembre 2020, de reconnaître la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud a constitué un tournant stratégique majeur dans l’évolution du dossier. Cette reconnaissance n’a pas été remise en cause par la suite et a consolidé la position du Royaume sur la scène internationale. Par ailleurs, le Conseil de sécurité des Nations unies continue, dans ses résolutions successives, d’appeler à une solution politique réaliste, pragmatique et fondée sur le compromis — une approche en adéquation avec l’initiative d’autonomie présentée par Rabat en 2007 et bénéficiant d’un soutien croissant de capitales influentes.
Dans cette perspective, toute dynamique régionale à venir ne saurait ignorer les acquis diplomatiques accumulés par le Maroc ces dernières années, qu’il s’agisse de l’ouverture de consulats de plusieurs pays à Laâyoune et Dakhla ou du renforcement de partenariats stratégiques qui ont consolidé son statut de pôle de stabilité. Une éventuelle réconciliation ne se ferait pas au détriment de la souveraineté, mais sur la base d’une reconnaissance des nouvelles réalités consacrées par l’évolution du contexte international.
Sur le plan économique, les acteurs internationaux sont conscients que la persistance de la fermeture des frontières et la paralysie de l’intégration maghrébine privent la région d’opportunités de croissance considérables. Toutefois, le Maroc, qui a su diversifier ses partenaires commerciaux, moderniser ses infrastructures et affirmer son positionnement industriel et énergétique, aborde toute nouvelle étape sans pression économique susceptible de l’amener à des concessions. Au contraire, la réouverture de l’espace aérien et des frontières terrestres, ainsi que la relance de la coopération économique, pourraient renforcer davantage le rôle du Royaume en tant que hub logistique et commercial entre l’Afrique et l’Europe.
Enfin, dans un contexte marqué par l’instabilité au Sahel et la montée des menaces transfrontalières, un renforcement de la coordination sécuritaire viendrait conforter l’approche marocaine fondée sur l’anticipation et la coopération multilatérale — une stratégie régulièrement saluée par ses partenaires internationaux.
Les signaux actuels laissent entrevoir une phase de mutations significatives. Une constante demeure toutefois : le Maroc s’y engage en acteur initiateur plutôt qu’en simple récepteur, fort d’une légitimité internationale consolidée autour de sa cause nationale et d’un modèle de stabilité et de réformes reconnu. Si cette dynamique venait à aboutir, le Royaume consacrerait une fois de plus le choix de la sagesse stratégique, faisant de la réconciliation un levier supplémentaire pour conforter son intégrité territoriale et affirmer son leadership au sein de l’espace maghrébin.




