
ALDAR/ Iman Alaoui
Dès le coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc, il est apparu clairement que l’équipe nationale ne faisait pas face uniquement à des adversaires sur la pelouse, mais évoluait aussi dans un climat médiatique sous tension, fait de récits croisés accompagnant chacune des étapes de son parcours. Entre éloges d’une organisation maîtrisée et d’un rendement compétitif, et campagnes de suspicion aux interprétations acerbes, les « Lions de l’Atlas » se sont retrouvés au cœur d’un débat qui dépassait largement le cadre du football.
Lors des premiers tours, une tonalité inquisitrice a dominé certaines couvertures extérieures, plaçant l’équipe hôte sous une loupe permanente, comme si chaque victoire appelait justification et chaque décision arbitrale devenait matière à soupçon. À mesure que la compétition avançait, le discours s’est durci, notamment à l’approche de la finale, où l’analyse sportive a cédé la place à des tentatives de délégitimation de l’ensemble du parcours, à travers la diffusion de récits sur « l’avantage du terrain », « la pression du public » ou encore « l’arbitrage », sans appui technique équilibré.
Parallèlement, la sélection sénégalaise a atteint la finale forte d’une expérience accumulée et d’une volonté affichée de reconquérir le titre, faisant de l’ultime confrontation un événement majeur pour le continent. Toutefois, la défaite du Maroc en finale n’a pas été lue uniquement dans sa dimension strictement sportive : elle a déclenché une vague d’interprétations au sein de l’opinion publique nationale, voyant dans l’issue du match le résultat d’un cumul de pressions et d’une guerre psychologique précédant la rencontre, alimentées par certaines couvertures, provocations médiatiques et tentatives d’influer sur le climat général du match.
Ces lectures, tout en traduisant une frustration légitime d’un public qui rêvait d’un sacre à domicile, ont mis en lumière une réalité plus profonde : le football africain n’est plus une simple compétition technique, mais un espace où s’entrecroisent politique, médias et enjeux symboliques. L’équipe marocaine, au regard de la stature continentale et internationale acquise ces dernières années, est devenue un acteur incontournable, et donc une cible privilégiée — exposée à la surexposition des erreurs comme à la mise en doute des succès.
Il n’en demeure pas moins que la défaite en finale, aussi douloureuse soit-elle, n’efface ni le parcours ni la valeur de ce qui a été accompli. Le Maroc a livré une CAN de haut niveau, et l’organisation a été largement saluée par des instances footballistiques et des médias professionnels. Quant aux campagnes et accusations, elles constituent souvent l’envers du succès, lorsque la supériorité devient source de gêne pour les concurrents.
Le débat appelle aujourd’hui au calme et à une lecture critique, lucide et structurée, capable de distinguer le projet sportif de long terme des émotions de l’instant. À mesure qu’il consolide sa place de puissance du football africain, le Maroc est invité à transformer ces expériences en enseignements, à poursuivre sa construction avec confiance, loin des réflexes complotistes et au plus près d’une logique de développement et de réalisme.




