
Aldar / Iman Alaoui
Le retour de Miri Regev, ministre israélienne des Transports et de la Mobilité, à Marrakech ne saurait être réduit à un simple voyage touristique, ni à l’image d’une responsable israélienne venue passer quelques jours de vacances au Maroc. Derrière cette visite se trouvent une histoire familiale, des racines marocaines et une mémoire profondément ancrée. En face, une vague de surenchère et d’attaques a tenté de transformer un déplacement privé en nouvelle occasion de s’en prendre au Maroc, à ses choix et à ses relations internationales.
Regev a quitté Israël mercredi 19 août 2026 à bord du premier vol direct de la compagnie Arkia à destination de Marrakech, après la reprise de la liaison aérienne directe entre Israël et le Maroc, interrompue pendant près de trois ans. Selon le bureau de la ministre, ce voyage est privé et doit se poursuivre jusqu’au 24 août. Il s’agit de la troisième visite de Regev au Maroc depuis le début de son mandat actuel. Plusieurs responsables l’accompagnent également, parmi lesquels le directeur général du ministère des Transports, le directeur de l’Autorité des transports publics et la conseillère de la ministre, bien que son bureau ait confirmé le caractère privé du déplacement.
Pour certains, le simple fait qu’une visiteuse porte le titre de « ministre israélienne » suffit à transformer sa présence en prétexte à la polémique et à la surenchère. Mais le Maroc, son histoire, son identité et la confiance qu’il nourrit en lui-même sont infiniment plus vastes que cette lecture réductrice. Miri Regev n’est pas seulement une responsable israélienne visitant un pays étranger. Elle est aussi issue d’une famille aux racines marocaines, et le Maroc est la terre de ses ancêtres, cette terre qui a continué à vivre dans la mémoire de nombreux Juifs marocains partis du Royaume il y a plusieurs décennies, sans pour autant rompre avec le souvenir ni avec l’attachement à la terre de leurs parents et grands-parents.
Dès lors, son accueil au Maroc ne saurait être interprété comme une approbation de l’ensemble de ses positions politiques ou comme un soutien à toutes les politiques du gouvernement israélien. Il existe une différence fondamentale entre les relations internationales et les prises de position politiques, entre accueillir une personne ayant des racines marocaines et partager chacune de ses déclarations ou de ses décisions. Tout Marocain est libre de désapprouver le gouvernement israélien et de critiquer ses politiques, tout comme il est libre de voir dans le retour d’une personne d’origine marocaine sur la terre de ses ancêtres une dimension humaine et historique qui mérite d’être regardée autrement que sous l’angle de l’instrumentalisation politique.
Le paradoxe est que certaines voix qui cherchent aujourd’hui à présenter la visite de Regev au Maroc comme un scandale ou une provocation semblent considérer l’histoire marocaine comme une réalité que l’on pourrait effacer au gré des divergences politiques. Or les Juifs marocains constituent une composante authentique de la mémoire nationale du Royaume. Leur présence dans les villes et villages du pays a profondément marqué la culture, le commerce, les arts, les traditions et la vie sociale marocaine. Parler de racines marocaines n’est donc nullement un slogan politique de circonstance : c’est une réalité inscrite dans l’histoire même du Maroc.
Transformer la visite de Miri Regev en campagne contre le Maroc relève, à bien des égards, d’une volonté persistante d’imposer une forme de tutelle idéologique sur les choix souverains du Royaume. Le Maroc n’est pas une scène destinée aux règlements de comptes régionaux et n’a pas à justifier chacune de ses décisions de politique étrangère devant un groupe ou un courant politique quelconque. Le Royaume est un État souverain, doté de ses propres institutions, de ses intérêts et de ses calculs stratégiques. Il lui appartient de définir la nature de ses relations internationales et les orientations de sa diplomatie.
Plus encore, le Maroc n’a besoin de l’aval d’aucune partie pour démontrer son attachement à ses causes, à son identité ou à son histoire. Sa politique étrangère repose sur la diversification des partenariats et la défense de ses intérêts nationaux, tout en maintenant sa position constante sur la question palestinienne et la nécessité de parvenir à une solution juste et durable garantissant les droits du peuple palestinien. Dès lors, vouloir enfermer les Marocains dans un choix artificiel entre l’attachement au Maroc et la défense de la Palestine d’un côté, et l’ouverture du Royaume sur le monde et ses relations internationales de l’autre, relève d’un jeu politique aussi simpliste que transparent.
Marrakech, par ailleurs, n’est pas une ville enfermée dans une seule couleur politique ou idéologique. Elle est l’une des grandes destinations internationales et accueille des visiteurs venus de toutes les nationalités et de toutes les cultures. La force de Marrakech ne réside pas dans sa capacité à fermer ses portes à ceux avec lesquels certains seraient en désaccord, mais dans son aptitude à accueillir la diversité tout en préservant son identité marocaine profondément enracinée.
La véritable question n’est donc pas de savoir pourquoi Miri Regev a choisi Marrakech pour ses vacances, mais pourquoi certains cherchent à empêcher le Maroc d’être pleinement lui-même : un pays ouvert, sûr de son histoire, maître de ses décisions et capable de conjuguer son identité nationale avec son ouverture internationale.
Un Marocain peut parfaitement être en désaccord politique avec Miri Regev, la critiquer avec virulence et s’opposer aux politiques du gouvernement auquel elle appartient. Mais rien ne l’empêche, dans le même temps, de reconnaître que son retour sur la terre de ses ancêtres possède une dimension humaine qui ne devrait pas être engloutie par les calculs idéologiques.
La force du Maroc ne se mesure ni au nombre de personnes auxquelles il autorise l’accès à Marrakech, ni à celui de ceux qu’il empêcherait d’y entrer, pas plus qu’elle ne se mesure aux applaudissements ou aux critiques adressés à sa politique. Elle se mesure à sa capacité à décider souverainement, à préserver la richesse de sa mémoire plurielle et à assumer avec confiance son histoire, sa civilisation et ses institutions.
Sous cet angle, la présence à Marrakech d’une ministre israélienne d’origine marocaine ne devrait pas devenir un prétexte aux campagnes de dénigrement ou aux accusations, mais plutôt rappeler une évidence : le Maroc est plus grand que les clivages politiques du moment et sa mémoire ne saurait être réduite aux conflits et aux affrontements idéologiques.
Miri Regev est venue à Marrakech dans le cadre d’un voyage privé, mais elle est aussi revenue, à sa manière, vers une part de l’histoire de sa famille. Le Maroc, qui a vu coexister au fil des siècles des communautés, des cultures et des traditions multiples, n’a aujourd’hui besoin de la permission de personne pour décider qui peut fouler son sol.
Marrakech n’est pas une tribune pour les surenchères idéologiques, et le Maroc n’est placé sous aucune tutelle idéologique. Celui qui revient sur la terre de ses ancêtres y est le bienvenu. Celui qui désapprouve politiquement est libre de le faire. Mais la décision marocaine se prend à Rabat, et non sur les plateformes de la polémique et de l’incitation.




