A LA UNEMONDE

Des transformations en Amérique latine… le recul du soutien de Cuba et du Venezuela au Polisario reflète un changement du rapport de forces en faveur du Maroc

 

 

ALDAR/ Ghaïtha Hafiani

Le dossier du Sahara marocain connaît, ces dernières années, des évolutions notables au niveau des positions internationales, notamment en Amérique latine, une région qui a longtemps constitué l’un des principaux bastions de soutien au Front Polisario. Alors que des pays comme Cuba et le Venezuela figuraient parmi les opposants les plus fermes au Maroc dans ce dossier, plusieurs indicateurs politiques et diplomatiques laissent apparaître une évolution progressive des équilibres au sein du continent américain.

Historiquement, la position de Cuba s’est construite autour d’un soutien affirmé au Front Polisario depuis les années 1970. À cette époque, La Havane, sous la direction du leader défunt Fidel Castro, avait adopté une ligne révolutionnaire étroitement liée aux mouvements de gauche à travers le monde, ainsi qu’à l’Algérie, l’un des principaux soutiens du mouvement. Durant cette période, Cuba avait reconnu ce que le Polisario appelle la « République sahraouie » et lui avait apporté un appui politique et diplomatique dans plusieurs forums internationaux, en particulier auprès de certains pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Cependant, le contexte international a profondément évolué au cours des deux dernières décennies, notamment en raison des transformations économiques et politiques qu’a connues Cuba après la fin de la guerre froide. Confrontée à d’importantes difficultés économiques liées à l’embargo et aux sanctions américaines imposés depuis les années 1960, La Havane a été contrainte de rechercher de nouvelles voies pour atténuer les pressions extérieures et ouvrir des canaux de dialogue avec les États-Unis.

Dans ce contexte, plusieurs tentatives de rapprochement avec Washington ont émergé, en particulier lors de la phase de détente engagée sous la présidence de Barack Obama, lorsque les deux pays ont annoncé en 2015 le rétablissement de leurs relations diplomatiques après plus d’un demi-siècle de rupture. Bien que les relations aient connu de nouvelles tensions sous l’administration de Donald Trump, Cuba continue de chercher à réduire son isolement international et à reconstruire ses liens économiques avec les partenaires occidentaux.

Ces évolutions ont conduit plusieurs observateurs à considérer que certaines positions idéologiques héritées du passé, dont le soutien inconditionnel au Front Polisario, ne constituent plus la même priorité dans la politique étrangère cubaine, notamment dans un contexte où La Havane cherche à améliorer ses relations économiques et diplomatiques avec de nouveaux partenaires internationaux.

La situation au Venezuela présente également des similitudes. Ce pays a longtemps figuré parmi les alliés les plus fidèles du Polisario sur le continent américain, notamment durant la présidence du leader défunt Hugo Chávez, période durant laquelle Caracas avait adopté une position particulièrement critique à l’égard de Rabat, influencée par des considérations idéologiques et par l’alignement sur l’axe des gouvernements de gauche en Amérique latine.

Aujourd’hui toutefois, le Venezuela traverse l’une des crises économiques et politiques les plus complexes de son histoire contemporaine. Entre sanctions internationales et divisions politiques internes, les priorités de l’État vénézuélien semblent davantage orientées vers la gestion de ses difficultés internes et la réorganisation de ses relations extérieures.

Parallèlement, le Maroc est parvenu ces dernières années à réaliser d’importantes percées diplomatiques dans plusieurs régions du monde, profitant d’une nouvelle dynamique politique et économique ainsi que de projets de développement dans les provinces du Sud. Rabat a également renforcé sa présence en Afrique et en Amérique latine à travers des accords de coopération, des investissements et des partenariats économiques multiples.

La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara en décembre 2020, sous l’administration de Donald Trump, a constitué un tournant majeur dans ce dossier. Cette décision a contribué à redéfinir certains équilibres dans les positions internationales et a encouragé plusieurs pays à réévaluer leurs politiques à l’égard de ce conflit.

Des rapports diplomatiques indiquent par ailleurs que certains États traditionnellement proches du camp soutenant le Polisario adoptent désormais des positions plus pragmatiques, privilégiant le soutien à une solution politique sous l’égide de l’United Nations plutôt que l’adhésion à des clivages idéologiques hérités de la guerre froide.

Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que les transformations en cours en Amérique latine — que ce soit à Cuba, au Venezuela ou ailleurs — reflètent la fin d’une époque marquée par des positions idéologiques tranchées sur la question du Sahara. Une nouvelle phase semble émerger, dominée davantage par la logique des intérêts économiques et des équilibres géopolitiques.
À mesure que le Maroc poursuit l’élargissement de son réseau de partenariats internationaux et renforce sa présence diplomatique, le dossier du Sahara semble ainsi connaître une recomposition progressive de la carte des positions internationales, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles approches de règlement fondées sur le réalisme politique et sur le soutien aux initiatives favorisant la stabilité et le développement dans la région.

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