
ALDAR/ Iman Alaoui
La tenue du Conseil d’association entre le Maroc et l’Union européenne n’a pas constitué une simple étape diplomatique ordinaire. Elle a marqué un moment politique décisif, réaffirmant la profondeur du partenariat stratégique entre les deux parties et consacrant le Royaume comme un acteur central au sein de l’architecture européenne, dans un contexte régional et international marqué par de fortes turbulences et des défis croissants.
Ce Conseil revêt une portée symbolique et politique particulière. Il intervient trente ans après la signature de l’Accord d’association entre le Maroc et l’UE, et six ans après la dernière session tenue en 2019. Il envoie ainsi un signal fort de relance du dialogue politique de haut niveau et d’une volonté commune de refonder le partenariat sur des bases plus solides et plus ambitieuses.
La réunion s’est distinguée par une participation européenne de premier plan, avec la présence de la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, de la Commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, ainsi que de plus de sept ministres européens des Affaires étrangères. Une configuration inédite qui illustre clairement la perception du Maroc par l’UE comme un partenaire stratégique majeur, et non comme un simple voisin de la rive sud.
La tenue du Conseil immédiatement après le Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne n’est pas anodine. Elle traduit un message politique fort : les décisions stratégiques concernant le Maroc sont prises au plus haut niveau de la gouvernance européenne, dans le cadre de la vision globale de l’Union, et non en marge de son agenda.
Sur le fond politique, le Conseil d’association a envoyé des signaux sans équivoque. Il a confirmé l’échec des manœuvres hostiles visant à fragiliser le partenariat maroco-européen. Face aux tentatives de déstabilisation, les deux parties ont affiché une unité de position remarquable. La poursuite de l’application de l’accord agricole révisé en octobre dernier, intégrant explicitement les provinces du Sud dans ses références territoriales, en constitue une illustration concrète, révélatrice de la solidité du partenariat et de sa capacité à résister aux pressions.
Mais l’évolution la plus marquante concerne le positionnement européen sur la question du Sahara marocain. Pour la première fois, les vingt-sept États membres de l’Union européenne ont unanimement reconnu le plan marocain d’autonomie comme la seule et unique base de toute solution politique, en parfaite cohérence avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce tournant majeur met fin à l’ambiguïté et consacre la reconnaissance européenne de la proposition marocaine comme une solution réaliste et crédible, fruit d’une vision stratégique patiente et de long terme portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Loin d’être une réunion de routine, ce Conseil a marqué le lancement politique de l’après « Statut avancé » et l’entrée dans une phase supérieure du partenariat. Il s’est traduit par l’instauration d’un dialogue politique régulier de haut niveau, la mise en place de l’équivalent d’un « Conseil politique bilatéral » pour piloter la relation, ainsi que par l’octroi d’un mandat pour négocier un « Partenariat stratégique approfondi », plus ambitieux, couvrant notamment les domaines de la sécurité, de l’industrie, du numérique et de l’investissement.
Le Conseil a également réaffirmé le rôle singulier du Maroc en tant que pôle de stabilité et d’équilibre dans l’espace méditerranéen et pilier stratégique en Afrique, à travers des initiatives structurantes telles que l’Initiative atlantique, ainsi que son rôle clé dans la promotion de la paix et de la sécurité régionales, y compris les efforts diplomatiques conduits par Sa Majesté le Roi dans des dossiers régionaux sensibles.
Sur le plan politique, les conclusions du Conseil confirment que la relation entre le Maroc et l’Union européenne n’est plus fondée sur une logique de dépendance, mais sur une interdépendance stratégique assumée. L’Union européenne a besoin de la stabilité du Maroc, de son rôle dans la transition énergétique verte et de sa profondeur africaine. De son côté, le Royaume valorise son accès au marché européen, à la technologie et au soutien politique.
Cette relation a, par ailleurs, démontré sa résilience face aux crises, qu’il s’agisse des enjeux migratoires, des tensions commerciales, des campagnes de désinformation ou des attaques politiques hostiles. Une preuve supplémentaire qu’il s’agit d’un partenariat ancré dans des intérêts concrets et une vision de long terme.
L’ensemble de cette dynamique s’inscrit dans la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI concernant les relations avec l’Union européenne. Le choix du partenariat avec l’Europe constitue une orientation stratégique fondamentale et irréversible de la politique étrangère marocaine, construite avec constance, patience et cohérence.
Ce partenariat peut être résumé à l’image d’un pont reposant sur trois piliers solides : un pilier économique fondé sur les accords commerciaux, les investissements structurants et l’organisation de la Coupe du monde 2030 ; un pilier sécuritaire basé sur le dialogue politique, la lutte contre le terrorisme et la consolidation de la stabilité ; et un pilier politique et diplomatique reposant sur le consensus européen autour du Sahara marocain et l’alignement des positions de l’Union européenne et des Nations unies.
Le Maroc n’est désormais plus un pays de la rive sud que l’Europe observe à distance. Il est devenu l’architecte et le co-garant de ce pont stratégique, et un partenaire incontournable dans les équations de la Méditerranée, de l’Afrique et de l’Europe.




