
ALDAR / Meriem Hafiani
Les initiatives se multiplient au sein du Congrès américain en faveur d’un examen approfondi des activités du Front Polisario et de ses relations extérieures présumées, notamment ses liens potentiels avec l’Iran et les organisations armées qui lui sont affiliées. Une évolution qui marque une nouvelle étape dans l’approche américaine à l’égard du mouvement, en dépassant les considérations strictement politiques liées au différend autour du Sahara marocain.
Une liste regroupant les noms de 20 membres du Congrès issus des deux principaux partis américains, républicain et démocrate, témoigne de l’élargissement du soutien à l’initiative législative portée par le représentant républicain Joe Wilson et son collègue démocrate Jimmy Panetta. Leur démarche vise à engager le processus susceptible de conduire à la désignation du Polisario comme organisation terroriste étrangère.
Cette liste comprend 15 élus républicains et cinq démocrates, parmi lesquels Joe Wilson, Jimmy Panetta, Mario Diaz-Balart, Jefferson Shreve, Randy Fine, Lance Gooden, Pat Harrigan, Zach Nunn, Don Bacon, Claudia Tenney, Elise Stefanik, María Elvira Salazar, Tim Moore, Mark Veasey et Scott DesJarlais. S’y ajoutent Matt Van Epps, Josh Gottheimer, Ronny Jackson, Greg Landsman et Jared Moskowitz.
Cette répartition entre les deux formations politiques revêt une importance particulière, dans la mesure où l’initiative ne relève pas d’un seul courant politique au sein de l’institution législative américaine. Elle rassemble des élus républicains et démocrates autour de la nécessité d’examiner les risques sécuritaires associés au Polisario et ses éventuelles connexions avec l’axe d’influence iranien dans la région.
Ces démarches s’articulent autour de deux initiatives législatives distinctes introduites à la Chambre des représentants américaine. La première, enregistrée sous le numéro H.R. 4119, a été présentée le 24 juin 2025 par le républicain Joe Wilson et le démocrate Jimmy Panetta. La seconde, portant le numéro H.R. 9982, a été déposée le 30 juillet 2026 par le démocrate Josh Gottheimer, avec la participation du républicain Ronny Jackson et de quatre autres représentants au moment de son introduction.
Le second texte vise à imposer des sanctions au Front Polisario s’il est établi qu’il a coopéré avec une organisation terroriste liée à l’Iran, notamment à travers la fourniture d’un soutien militaire, le transfert d’armes et de drones, le partage de renseignements ou la mise à disposition de moyens et de facilités opérationnelles.
Quant au premier projet, il prévoit l’élaboration d’un rapport détaillé sur la direction du Polisario, ses opérations militaires et ses sources de soutien extérieur. Il demande également un examen de ses éventuelles relations avec l’Iran, la Russie, le Hezbollah, le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien ainsi qu’avec d’autres organisations figurant sur les listes américaines des entités terroristes.
Le texte appelle par ailleurs le Département d’État américain à évaluer si le Front Polisario remplit les conditions juridiques requises pour être inscrit sur la liste des organisations terroristes étrangères. Il prévoit également d’étudier la possibilité de lui appliquer des sanctions au titre de la loi Global Magnitsky et du décret présidentiel n° 13224 relatif à la lutte contre le terrorisme et son financement.
La portée de ces initiatives ne se limite pas à l’éventualité de sanctions financières ou de restrictions de déplacement. Elle pourrait également concerner l’assèchement des sources potentielles de soutien matériel et financier, ainsi que la mise en cause des personnes et des entités dont l’implication dans l’assistance à une organisation classée comme terroriste par la législation américaine serait établie.
Ces démarches interviennent dans un contexte d’attention croissante des États-Unis à l’égard de l’expansion de l’influence iranienne en Afrique du Nord et dans la région du Sahel. Les risques de circulation d’armes et de technologies militaires, notamment les drones, suscitent des préoccupations grandissantes quant à la sécurité des États et à la stabilité régionale.
Pour le Maroc, l’importance de cette évolution réside notamment dans l’introduction de la dimension sécuritaire au cœur du débat américain sur le Sahara marocain, un dossier qui a longtemps été abordé principalement sous l’angle diplomatique et politique. Les initiatives présentées au Congrès ouvrent ainsi la voie à une évaluation plus large des conséquences du maintien du différend sur la sécurité régionale et des risques liés aux éventuelles connexions entre des groupes armés et des réseaux d’influence extérieurs.
Cette dynamique reflète également l’intérêt grandissant manifesté à Washington pour le rôle du Maroc en tant que partenaire stratégique dans la lutte contre le terrorisme et les menaces transnationales, dans une région confrontée à l’intensification des activités des organisations extrémistes et à une concurrence internationale accrue pour l’influence.
Ainsi, le débat au sein du Congrès américain ne se limite plus à la position des élus sur le différend autour du Sahara marocain. Il englobe désormais la nature des relations extérieures du Polisario et leurs éventuelles répercussions sur la sécurité des États-Unis et de la région. Une évolution qui place le mouvement face à un nouvel examen politique et juridique au sein de l’une des principales institutions législatives du monde.




