Wahbi hausse le ton : l’avenir de la jeunesse marocaine n’est pas une variable d’ajustement au déficit démographique européen

ALDAR/ Iman Alaoui
Dans une position qui illustre la clarté croissante de la vision du Maroc sur les questions migratoires et ses relations avec l’Europe, le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a affirmé que le Royaume n’avait pas vocation à devenir une source destinée à compenser le déficit démographique de certains pays européens. Il a souligné que l’avenir de la jeunesse marocaine devait se construire au Maroc et non être considéré comme une réserve de main-d’œuvre disponible pour répondre aux besoins du marché du travail européen.
Ces déclarations interviennent alors que la question des mineurs marocains non accompagnés en Espagne est devenue l’un des dossiers sensibles entre Rabat et Madrid. Le Maroc, qui coopère avec ses partenaires européens dans la lutte contre l’immigration irrégulière, refuse toutefois que cette question se transforme en un engagement permanent dont le Royaume assumerait à lui seul les conséquences sociales et diplomatiques.
Du point de vue marocain, il ne s’agit pas de refuser la coopération ou la coordination avec l’Espagne, mais de rejeter une logique consistant à faire supporter aux pays du Sud le coût des déséquilibres démographiques auxquels sont confrontées certaines sociétés européennes. Le Maroc est lui-même un pays jeune, qui a besoin de ses ressources humaines pour poursuivre son développement, renforcer son économie et accroître sa capacité productive. Dès lors, le départ d’une partie de ces forces vives ne saurait être considéré comme une réponse automatique à des problèmes démographiques qui se posent au-delà de ses frontières.
Sur le dossier de Ceuta et Melilla, Ouahbi n’a pas dissimulé la position marocaine bien connue sur l’avenir des deux villes. Il a également établi un lien avec les critiques formulées à l’égard de la manière dont l’Espagne et l’Union européenne gèrent la question des mineurs migrants. La sensibilité de ce dossier s’accroît lorsque l’immigration irrégulière se conjugue avec les procédures de régularisation ou les difficultés liées au retour des mineurs dans leur pays d’origine. Pour Rabat, cette situation crée un cadre complexe qui ne peut perdurer sans une approche équilibrée préservant les intérêts de toutes les parties.
La question de la coopération judiciaire entre le Maroc et l’Espagne a également été soulevée, dans le contexte des différends liés au retour des mineurs et aux mécanismes de mise en œuvre des accords bilatéraux. Ce dossier montre que la migration n’est plus seulement une question humanitaire ou sécuritaire : elle est désormais au cœur d’un débat plus large sur la souveraineté, la responsabilité partagée et les limites des obligations de chaque État.
Le message porté par la position marocaine est, au fond, sans ambiguïté : coopérer avec l’Europe ne signifie pas renoncer aux intérêts nationaux, pas plus que faire de la migration un instrument destiné à résoudre des problèmes que le Maroc n’a pas créés. Alors que les pays européens cherchent des réponses au vieillissement de leur population et à la baisse de la natalité, le Maroc est également en droit de placer au premier rang de ses priorités la préservation de ses forces vives et leur mobilisation au service de son propre projet de développement.
Une contradiction mérite ici d’être soulignée. Tandis que plusieurs pays européens sont confrontés à des défis croissants liés au vieillissement de leur population et aux pénuries de main-d’œuvre, les pays du Sud font eux aussi face à des enjeux de développement qui nécessitent davantage d’investissements dans la jeunesse, l’éducation et l’emploi. Dès lors, considérer l’immigration comme une solution durable aux déséquilibres du marché du travail européen risque de faire abstraction des besoins des pays d’origine des migrants.
Le Maroc ne refuse pas la coopération avec l’Europe, mais il refuse que cette coopération devienne synonyme de renoncement à ses choix nationaux. Le message essentiel est que chaque État porte une responsabilité fondamentale dans la construction de son propre avenir, y compris sur les plans démographique, social et économique.
La force de la position marocaine réside précisément dans le fait de placer une règle simple au cœur du débat : la jeunesse marocaine n’est pas un surplus de main-d’œuvre, et le Marocain qui quitte son pays n’est pas un simple chiffre dans l’équation du marché du travail européen. Il constitue une part de la richesse humaine du Royaume, et le Maroc est en droit de chercher à créer les conditions permettant à ces forces vives de contribuer à la construction de leur pays.
La réponse aux défis démographiques européens devrait s’inscrire dans des politiques de long terme portant notamment sur la famille, l’éducation, la productivité et l’économie, plutôt que de reposer uniquement sur l’arrivée de nouvelles générations venues de l’étranger. De même, la gestion des migrations entre le Maroc et l’Europe exige un partenariat équilibré, respectueux de la souveraineté et des intérêts de chaque État, loin de toute conception faisant peser sur une partie la responsabilité de compenser le déficit démographique de l’autre.
Dans cette perspective, la position de Rabat ne saurait être réduite à un simple différend sur la migration ou les mineurs. Elle traduit une vision plus large de la relation entre le Maroc et l’Europe, fondée sur un principe central : une coopération équilibrée, le respect de la souveraineté et la défense des intérêts du Maroc et de sa jeunesse au cœur de tout futur accord ou partenariat.




