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Le Sahel africain à l’épreuve du “modèle afghan”… l’Algérie joue-t-elle avec le feu ?

Par Sara El Wakili

Le Mali entre dans une phase d’extrême sensibilité marquée par la montée en puissance des groupes armés liés à Al-Qaïda, dans un contexte régional complexe où s’entremêlent enjeux sécuritaires et équilibres géopolitiques. Cette réalité ravive de vives interrogations quant au rôle de certains acteurs régionaux, au premier rang desquels l’Algérie, régulièrement accusée — notamment par des milieux politiques et médiatiques de la région — de fermer les yeux, voire de soutenir des mouvements séparatistes et armés opérant dans le nord malien.

Sur le terrain, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique, poursuit l’extension de son emprise à travers une stratégie d’usure visant à affaiblir l’État malien et à isoler ses centres urbains. Cette approche, qui rappelle les tactiques des talibans en Afghanistan, repose sur un contrôle progressif des zones rurales et la coupure des axes d’approvisionnement, plaçant ainsi la capitale Bamako sous une pression croissante.

Parallèlement, la présence des mouvements séparatistes dans le nord, notamment le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), demeure un élément central de l’équation sécuritaire. Malgré la signature d’accords de paix par le passé, la fragilité de ces arrangements a favorisé le retour des tensions, voire l’émergence de convergences tactiques ponctuelles entre certaines factions séparatistes et des groupes jihadistes, compliquant davantage un paysage déjà instable.

Dans ce contexte, les accusations visant l’Algérie se multiplient, évoquant un rôle ambigu au Mali : d’un côté, Alger se présente comme un médiateur dans les processus de paix ; de l’autre, elle est soupçonnée de maintenir des canaux d’influence avec certains acteurs armés du nord malien, que ce soit pour des considérations sécuritaires liées au contrôle de ses frontières méridionales ou pour consolider son influence régionale au Sahel.

Aujourd’hui, le Mali semble pris en étau entre une fragilité interne croissante et des rivalités d’influence régionales. Les groupes jihadistes tirent profit de ce vide pour imposer progressivement une nouvelle réalité sur le terrain. L’absence d’un État fort, conjuguée à la divergence des agendas des puissances environnantes, offre à ces organisations une opportunité stratégique pour reproduire un modèle fondé sur l’expansion lente et l’épuisement de leurs adversaires.

La crise malienne ne saurait être réduite à sa seule dimension sécuritaire. Elle reflète un affrontement plus large autour de l’influence au Sahel africain, où la lutte contre le terrorisme se mêle étroitement aux calculs politiques régionaux. Dans ce jeu complexe, l’implication présumée de l’Algérie continue de susciter le débat, tandis que la persistance de cette situation fait peser le risque d’une instabilité durable au Mali, avec des répercussions susceptibles de dépasser largement ses frontières pour affecter l’ensemble de la région.

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