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Avec « trop d’ingérence et trop d’arrogance », la politique française irrite une frange grandissante de l’opinion publique burkinabè

Avec « trop d’ingérence dans le fond, trop d’arrogance dans la forme : au Burkina Faso, la politique française irrite une frange grandissante de l’opinion publique », écrit mercredi le quotidien Le Monde, qualifiant de « désuète » la diplomatie française.

Le retrait sonne comme un « nouvel aveu d’échec » pour Paris et avant fin février, les forces militaires françaises devront avoir quitté le territoire burkinabé à la demande des autorités du pays, souligne le quotidien dans une analyse sous le titre « Burkina Faso : aux racines du ressentiment contre la France ».

Au Burkina Faso, comme au Mali, où les soldats français ont également été sommés de plier bagage l’an dernier, cette « rupture » de la coopération militaire avec Paris illustre la « profondeur du fossé qui n’a cessé de se creuser ces derniers mois, entre un pays dont la culture anti-impérialiste semble renaître de ses cendres et un ancien colonisateur dont la diplomatie est jugée désuète », souligne le média français.

En décembre 2022, le pouvoir burkinabé porte “un nouveau coup” à la France en demandant le remplacement de son ambassadeur, dont les propos sur ‘’l’absence de résultats’’ de Ouagadougou dans la lutte contre les groupes terroristes qui ne cessent de s’étendre sont jugés “trop intrusifs”, rappelle-t-on, ajoutant que sans surprise, une large frange de l’opinion publique burkinabè “applaudit” cette décision.

Si, pour Paris, sa mise en cause résulte davantage d’une instrumentalisation que d’un profond désaccord, la popularité de cette décision, exprimée dans la presse et sur les réseaux sociaux, souligne combien les griefs à l’encontre de la diplomatie française sont ancrés dans les esprits, fait remarquer l’auteur de l’analyse.

A Ouagadougou, personne n’a oublié la convocation des chefs d’Etat ouest-africains lancée par le président Emmanuel Macron au sommet de Pau, en 2020, qui constitue le “symbole suprême de la trop grande immixtion de Paris dans les affaires internes de son ancienne colonie”, relève-t-on.

Et d’ajouter que l’exfiltration par les forces françaises, en 2014, de l’ancien président Blaise Compaoré lors de l’insurrection populaire qui conduisit à sa chute, après vingt-sept années passées à la tête de l’Etat avec la bénédiction de la France, “reste aussi gravée dans les mémoires”, tout comme le “rôle trouble joué par la France en 1987 dans l’assassinat du héros national, le président anti-impérialiste Thomas Sankara”.

Ces événements nourrissent aujourd’hui les critiques des Burkinabés à l’encontre d’une diplomatie française qui n’a, selon eux, pas su s’adapter au changement de mentalité des jeunes générations, avides de souveraineté, soutient l’auteur de l’analyse.

‘’La France a soutenu de vieilles élites corrompues dont la jeunesse ne voulait plus depuis longtemps. Elle se le prend en pleine face aujourd’hui’’, souligne un cadre militaire burkinabé à la retraite, cité dans l’article.

Ces non-dits ont ainsi contribué à faire circuler l’idée, aujourd’hui répandue, selon laquelle la France aurait abandonné le Burkina Faso face aux groupes djihadistes, poursuit Le Monde, ajoutant que de nombreux Burkinabés dénoncent un “supposé double jeu” des soldats français, qu’ils accusent de soutenir les terroristes.

“Derrière ces théories complotistes qui se propagent comme une traînée de poudre, Paris voit la main de la Russie, mais quels qu’en soient les instigateurs, la vitesse à laquelle ces théories circulent sur les réseaux sociaux souligne l’ampleur du malaise qui persiste entre Paris et la jeunesse burkinabè’’, conclut l’analyse.

 

ALdar : LA MAP

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