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Gouvernement El Mansouri à quatre partis : l’épreuve de la cohésion politique et la course pour répondre aux attentes des Marocains

ALDAR / Meriem Hafiani

La scène politique marocaine est entrée dans une nouvelle phase, lundi 12 octobre 2026 au soir, avec l’annonce officielle de la formation d’une majorité gouvernementale réunissant le Parti authenticité et modernité (PAM), le Parti de l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Cette décision met un terme à une séquence de concertations politiques et ouvre la voie à une redéfinition des priorités gouvernementales, dans un contexte national et international marqué par la multiplication des défis économiques et sociaux, ainsi que par des attentes croissantes des citoyens quant à l’efficacité des politiques publiques et à leur capacité à produire des résultats tangibles.

L’annonce de cette majorité intervient à la suite de la nomination par le Roi Mohammed VI de Fatima Zahra El Mansouri, coordinatrice nationale du leadership collégial du secrétariat général du PAM, arrivé en tête des élections législatives, au poste de cheffe du gouvernement, avec pour mission de former le nouvel exécutif, conformément aux dispositions de l’article 47 de la Constitution. Cette nomination confère à la prochaine étape politique une dimension historique, puisqu’elle constitue une première dans le parcours des institutions constitutionnelles du Royaume, avec une portée symbolique et politique liée à l’accession d’une femme à la tête du gouvernement.

Toutefois, le principal défi auquel sera confrontée la nouvelle majorité dépasse la portée symbolique de cette nomination et la composition de la coalition. Il réside avant tout dans sa capacité à constituer une équipe gouvernementale cohérente, à définir des priorités claires et à instaurer un mode de gouvernance adapté aux exigences de la période, capable de traduire les engagements politiques en politiques publiques concrètes, applicables et évaluables.

Le communiqué publié à l’occasion de l’annonce de la majorité gouvernementale précise que la cheffe du gouvernement désignée a engagé, immédiatement après sa nomination, de larges consultations politiques avec plusieurs partis représentés au Parlement. Ces échanges ont notamment porté sur les défis et les contraintes auxquels le pays est confronté, avant d’aboutir à un accord sur la formation d’une majorité politique composée de quatre partis, à l’issue de deux rounds de concertations qualifiés de responsables.

Le communiqué souligne que ces consultations ont tenu compte de l’intérêt supérieur du pays, des contextes national et international, ainsi que de la volonté populaire exprimée à travers les résultats des élections législatives du 23 septembre dernier. Celles-ci ont conduit à la nomination d’une femme à la tête du gouvernement pour la première fois dans l’histoire du Maroc, un événement présenté par la même source comme inédit dans le parcours démocratique national et porteur d’une forte dimension symbolique.

Cette nouvelle configuration gouvernementale traduit une volonté de bâtir une coalition reposant, selon les termes du communiqué, sur la proximité des sensibilités intellectuelles et politiques de ses composantes, ainsi que sur une vision commune de la réforme et un engagement partagé en faveur de sa mise en œuvre. L’objectif affiché est de mettre en place un gouvernement politique fort et cohérent, capable de faire face à la complexité des défis internes et à la diversité des contraintes extérieures.

La réussite de cette démarche ne saurait toutefois se limiter à l’annonce d’un accord entre les quatre formations politiques. Elle dépendra de la capacité de celles-ci à transformer cette entente en une pratique gouvernementale commune, fondée sur une répartition claire des responsabilités, une coordination efficace entre les départements ministériels et la primauté de l’intérêt général sur les calculs partisans à court terme. Les expériences gouvernementales précédentes ont montré que la cohésion politique ne se mesure pas aux seules déclarations, mais surtout à la capacité de prendre des décisions et de les mettre en œuvre conformément à des priorités convenues.

Dans cette perspective, le communiqué précise que les partis composant la majorité s’attacheront à proposer des profils ministériels, femmes et hommes, reconnus pour leurs compétences, leur sens politique, leur intégrité et leur probité. Ils entendent ainsi contribuer à la formation d’un gouvernement cohérent et solide, en mesure de mettre en œuvre le programme gouvernemental, dont l’élaboration devra intervenir dans les meilleurs délais. Cet engagement place les critères de sélection des futurs membres de l’exécutif au cœur des enjeux à venir, compte tenu de la nécessité de concilier représentativité politique, expérience de la gestion publique et capacité à mener les réformes.

Plus que jamais, la prochaine étape exige une équipe gouvernementale capable de dépasser la gestion des dossiers courants pour élaborer des réponses concrètes aux défis structurels. Cela suppose d’assurer la complémentarité entre les politiques économiques et sociales, de lier la responsabilité aux résultats et de mettre en place les conditions nécessaires à l’évaluation et à la reddition des comptes. L’élaboration du programme gouvernemental constituera également une étape décisive pour définir la nature des priorités, apprécier leur réalisme, identifier les ressources nécessaires à leur mise en œuvre et fixer les échéances dans lesquelles les objectifs devront être atteints.

Sur le plan social, le communiqué place l’amélioration des conditions de vie des citoyennes et des citoyens, le renforcement des libertés et des droits, ainsi que la réalisation de la justice sociale et de l’équité territoriale parmi les objectifs que la nouvelle majorité devra poursuivre. Ces enjeux sont directement liés aux attentes des ménages et à la nécessité d’améliorer la qualité des services publics, d’élargir les possibilités d’emploi, de renforcer le pouvoir d’achat et de réduire les disparités sociales et territoriales.

L’équité territoriale apparaît, à cet égard, comme l’un des principaux tests auxquels sera soumise la prochaine équipe gouvernementale, au regard de l’importance d’assurer une répartition plus équilibrée des investissements, des infrastructures et des services essentiels entre les régions et les provinces. La construction d’un Maroc avançant à un rythme commun implique que les opportunités de développement ne restent pas concentrées dans certains territoires, mais bénéficient également aux zones qui nécessitent davantage d’investissements et de mise à niveau économique et sociale.

Sur le plan économique, le communiqué insiste sur la nécessité de consolider la prospérité et de renforcer les capacités productives de l’économie nationale. Cette orientation place la création de richesses et l’élargissement de la base productive parmi les priorités attendues. Elle revêt une importance particulière dans un contexte marqué par les fluctuations des marchés internationaux, les pressions liées au coût de l’énergie et des matières premières, l’intensification de la concurrence pour attirer les investissements, ainsi que les transformations des chaînes de production et d’approvisionnement.

Ces évolutions imposent au prochain gouvernement d’œuvrer au renforcement de la compétitivité de l’économie nationale, au soutien de l’investissement productif, à l’élargissement des opportunités d’emploi, à l’amélioration du climat des affaires et à une meilleure adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail. Elles rendent également nécessaire le renforcement de l’innovation et des industries à forte valeur ajoutée. L’enjeu sera de concilier les impératifs de la croissance économique avec les objectifs de justice sociale, afin que les fruits du développement se traduisent par une amélioration concrète des conditions de vie des citoyens et de leur capacité à faire face aux dépenses quotidiennes.

Le communiqué relève par ailleurs que les partis ayant pris part aux concertations ont fait preuve d’un sens élevé de la responsabilité nationale et d’une conscience aiguë de l’ampleur des défis et des enjeux auxquels le pays est confronté. Les discussions ont également pris en considération la sensibilité de la conjoncture politique et démocratique, les exigences du contexte international et les enseignements tirés des expériences gouvernementales précédentes. Cette insistance témoigne de la volonté de dépasser les dysfonctionnements susceptibles de résulter d’un manque de coordination ou de priorités contradictoires, afin de réunir les conditions d’une action gouvernementale plus cohérente et plus efficace.

Parallèlement, la nomination de Fatima Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement revêt une dimension institutionnelle qui dépasse la portée symbolique de cette première historique. La prochaine expérience gouvernementale devra notamment démontrer sa capacité à proposer un modèle de conduite de l’action exécutive, à gérer le pluralisme partisan et à garantir le fonctionnement régulier du gouvernement dans un cadre fondé sur la responsabilité et la transparence. Sa réussite dépendra de sa capacité à concilier les exigences du leadership politique avec le respect des institutions, tout en assurant la clarté de la décision gouvernementale et une ouverture réelle aux attentes de la société.

Le communiqué inscrit la formation de cette nouvelle majorité dans le cadre de l’ambition du Roi Mohammed VI de bâtir un Maroc émergent avançant à un rythme commun, en consolidant les fondements de la construction démocratique, de la bonne gouvernance, de la justice sociale et de l’équité territoriale, tout en renforçant les capacités productives de l’économie nationale. Ces objectifs font de la prochaine étape une occasion de mesurer la capacité de la coalition quadripartite à traduire les orientations annoncées en programmes opérationnels et en initiatives aux effets clairement perceptibles.

Ainsi, l’annonce de la majorité réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS ne marque pas seulement la fin des concertations politiques. Elle ouvre un nouveau cycle d’épreuves politiques et de gestion publique, dont les contours se préciseront à travers la composition du prochain gouvernement, le contenu du programme qui sera présenté devant le Parlement, puis la capacité de l’exécutif à honorer ses engagements selon des priorités clairement établies et des mécanismes rigoureux d’évaluation et de reddition des comptes.

L’enjeu, aujourd’hui, ne consiste donc pas simplement à disposer d’une majorité reposant sur une plateforme commune, mais à mettre en place un gouvernement capable de faire de la cohésion politique un levier d’efficacité et de transformer les réformes annoncées en acquis économiques et sociaux tangibles. Entre l’ambition de bâtir un Maroc émergent et les attentes des citoyens en matière de justice, d’équité et d’amélioration des conditions de vie, le jugement porté sur cette nouvelle expérience dépendra avant tout de ses réalisations concrètes et de sa capacité à renforcer la confiance dans les institutions, tout en consolidant un modèle de développement plus équilibré et plus durable.

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