A LA UNEMaroc

Fatima Zahra El Mansouri : Lekjaa « ressemble au PAM »… et les Marocains s’interrogent : où est donc le bilan du parti censé lui ressembler ?

 

 

Par Imane Alaoui

En politique, il arrive que certaines formules de courtoisie se transforment en aveux involontaires. C’est précisément ce qui s’est produit lorsque Fatima Zahra El Mansouri a affirmé que Fouzi Lekjaa « leur ressemble au PAM », ajoutant que le parti avait envisagé de le rallier parce qu’il serait « moderne et défenseur de la modernité », avant de préciser que l’homme dirige ce qu’elle a qualifié de « ministère du rond-point » au sein du gouvernement.

À première vue, ces déclarations pourraient passer pour une simple formule lancée au détour d’un entretien politique. Elles soulèvent pourtant une question plus dérangeante : pourquoi un parti qui dirige plusieurs secteurs gouvernementaux ressent-il le besoin de chercher sa légitimité à travers la figure d’un ministre qui ne lui appartient pas ?

Le paradoxe est que, lorsqu’ils entendent le nom de Fouzi Lekjaa, les Marocains pensent immédiatement au budget de l’État, à la protection sociale, aux grands investissements et à la préparation des échéances sportives internationales ainsi qu’à l’équipe nationale marocaine. En revanche, lorsqu’il s’agit du bilan du Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) au sein de la coalition gouvernementale, le débat se réduit souvent à la recherche d’une réalisation politique ou réformatrice majeure pouvant être présentée comme une empreinte partisane claire.

Les déclarations de Fatima Zahra El Mansouri apparaissent ainsi comme une tentative de capitalisation sur le capital politique d’un responsable qui a su s’imposer dans les cercles de décision, davantage qu’une lecture objective de son positionnement institutionnel.

Lorsqu’un parti affirme que Lekjaa « lui ressemble », la question logique devient : le parti ressemble-t-il à Lekjaa en matière d’efficacité, de résultats et de présence forte dans les institutions de l’État ? Ou bien cherche-t-il à s’identifier à un responsable qui a construit son influence à travers les dossiers et les réalisations plutôt qu’à travers les slogans ?

Dans les faits, la comparaison n’est pas confortable pour le PAM. Après plusieurs années de participation gouvernementale, le parti peine toujours à présenter un bilan politique capable de convaincre l’opinion publique qu’il incarne la force exécutive annoncée devant les électeurs. Beaucoup d’observateurs estiment même que sa présence au gouvernement est restée en deçà des ambitions affichées avant les élections.

Pendant que Fouzi Lekjaa s’est imposé comme une figure centrale des débats économiques, financiers et sportifs, plusieurs responsables de la majorité cherchent encore leur place dans l’échiquier politique et des réalisations tangibles à mettre en avant.

Quant à l’expression « ministère du rond-point », elle est sans doute la plus ironique. Car le rond-point, par définition, est le lieu de convergence de toutes les routes. Si le ministère du budget peut être ainsi qualifié, cela ne diminue pas son importance, bien au contraire : il la consacre. Les ministères peuvent rivaliser de projets et de promesses, mais ils finissent tous par converger vers une même réalité : le financement.

Autrement dit, si le ministère de Lekjaa est un « rond-point », alors la plupart des départements gouvernementaux y passent nécessairement.

Paradoxalement, Fatima Zahra El Mansouri semble avoir voulu simplifier la figure de l’homme, mais elle en est arrivée à reconnaître une réalité largement partagée : Fouzi Lekjaa est devenu l’un des responsables les plus influents du gouvernement, non pas en raison d’un ancrage partisan, mais en raison de la position qu’il occupe et des dossiers qu’il pilote.

Plus encore, le Parti de l’Authenticité et de la Modernité, au lieu de concentrer ses efforts sur la valorisation de son propre bilan gouvernemental, se retrouve à évoquer avec admiration un responsable extérieur à ses rangs. Une rareté politique : habituellement, les partis mettent en avant leurs ministres et leurs figures, non celles des autres formations.

Ces déclarations en disent finalement moins sur Fouzi Lekjaa que sur une difficulté structurelle plus profonde : lorsque la valorisation de la figure d’un responsable non partisan devient plus facile que la mise en avant de ses propres réalisations, le problème ne réside pas dans la puissance de ce responsable, mais dans la faiblesse du récit politique du parti.

On peut en tirer une conclusion simple : Fouzi Lekjaa n’a pas besoin de ressembler au PAM. La vraie question est désormais de savoir si le PAM est capable, lui, de ressembler au modèle d’efficacité et de résultats qu’il attribue implicitement à Fouzi Lekjaa.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page