
ALDAR/ Iman ALaoui
Chaque année, le monde célèbre Journée internationale du thé, mettant à l’honneur l’une des boissons les plus consommées au monde. Au Maroc toutefois, le thé dépasse largement le simple cadre d’une boisson quotidienne : il incarne une véritable composante de l’identité sociale et culturelle du pays. Le célèbre « atay » marocain s’est imposé au fil du temps comme un rituel à part entière, symbole de convivialité, de générosité et d’art de vivre.
Selon plusieurs historiens et spécialistes des échanges commerciaux, le thé est arrivé au Maroc entre le XVIIIe et le XIXe siècle grâce aux routes maritimes reliant les ports marocains aux commerçants européens, notamment britanniques, qui importaient alors le thé depuis la Chine et l’Asie vers l’Europe et l’Afrique du Nord. Progressivement, ce produit venu d’Orient a trouvé sa place dans les foyers marocains avant de devenir un élément incontournable du quotidien.
Mais les Marocains ne se sont pas contentés d’adopter les modes de consommation venus d’ailleurs. Ils ont transformé cette boisson en lui donnant une identité propre, adaptée aux goûts et aux traditions locales. L’ajout de menthe fraîche et d’une quantité généreuse de sucre a façonné le fameux thé à la menthe marocain, tandis que sa préparation est devenue un véritable art nécessitant savoir-faire et précision. Le service du thé, notamment la manière de le verser pour créer une mousse caractéristique à la surface du verre, est aujourd’hui considéré comme un signe de maîtrise et de qualité.
Au fil des décennies, le thé s’est imposé comme un élément central de la vie sociale marocaine. On le retrouve lors des réunions familiales, des fêtes, des mariages, des rencontres entre amis ou encore dans les cafés populaires. Chaque région du Royaume possède d’ailleurs ses propres habitudes et subtilités dans la préparation du thé. Dans le nord du pays, les saveurs sont souvent plus légères et parfumées aux herbes aromatiques, tandis que dans le sud et les provinces sahariennes, le thé occupe une place profondément ancrée dans les traditions de l’hospitalité.
Dans la culture sahraouie marocaine, le thé revêt une dimension symbolique particulière. Il accompagne les longues discussions, les récits populaires et la poésie hassanie. Préparé en plusieurs services successifs, avec des intensités de goût différentes, il constitue un moment de partage et de cohésion sociale profondément enraciné dans les traditions locales.
Au-delà des frontières nationales, le thé marocain est également devenu l’un des symboles culturels les plus reconnus du Maroc à l’international. Pour de nombreux visiteurs étrangers, déguster un thé à la menthe fait désormais partie intégrante de l’expérience marocaine, au même titre que la gastronomie, l’artisanat ou les médinas historiques. De nombreux restaurants et événements culturels à travers le monde mettent d’ailleurs à l’honneur le thé marocain comme expression d’un patrimoine authentique et raffiné.
Les spécialistes du patrimoine immatériel estiment que la longévité de cette tradition s’explique par la capacité de la société marocaine à intégrer des influences extérieures tout en les réinventant selon ses propres codes culturels. Malgré l’évolution des modes de vie et l’accélération du quotidien moderne, le thé continue d’occuper une place privilégiée dans les foyers marocains comme moment de pause, de dialogue et de rapprochement humain.
À l’occasion de la Journée internationale du thé, les Marocains célèbrent ainsi bien plus qu’une simple boisson : ils rendent hommage à un héritage culturel vivant, né de feuilles venues d’Asie mais devenu, au fil des siècles, l’un des emblèmes les plus authentiques de l’identité marocaine.




