
Le football africain traverse aujourd’hui une zone de turbulences inédite, où les joutes du terrain cèdent dangereusement la place aux manœuvres des chancelleries. Alors que le continent devrait célébrer son unité à travers le ballon rond, les rumeurs persistantes d’un retrait massif et collectif des compétitions de la CAF, brandi par l’Algérie en soutien au Sénégal dans son différend contre le Maroc, marquent un tournant inquiétant. Ce recours à la menace et au boycott, loin des arènes juridiques de la Cour Arbitre du Sport La CAS à Lausanne, dénature l’essence même de la fraternité sportive et fragilise l’édifice institutionnel que l’Afrique a mis des décennies à bâtir.
En privilégiant la pression politique sur l’arbitrage des instances réglementaires de la CAF et de la FIFA, ces initiatives portent un coup d’arrêt brutal à l’indépendance du sport continental. Le football, jadis vecteur de réconciliation et de ferveur partagée, se retrouve otage d’agendas qui lui sont étrangers, transformant chaque rencontre en un terrain de tensions diplomatiques. Cette ingénierie de la crise ne se contente pas de gripper les rouages administratifs, elle altère profondément les liens séculaires entre les peuples, semant la discorde là où la passion devrait unir les supporters de toutes les nations africaines.
Le préjudice le plus lourd est sans doute celui porté à la jeunesse et aux clubs locaux, véritables poumons du football africain. Sacrifier les ambitions de générations de sportifs sur l’autel des alignements géopolitiques constitue un « suicide sportif » qui hypothèque l’excellence de notre continent sur la scène mondiale. Préserver ce qu’il reste de beauté et de noblesse dans le sport africain exige aujourd’hui une prise de conscience collective des élites et des acteurs institutionnels. Il est impératif de rendre le jeu aux joueurs et de laisser le droit trancher les litiges, afin que les stades redeviennent ces espaces sacrés de célébration de l’identité commune, loin des velléités de puissance et des calculs de positionnement.
D/Lahoucine BEKKAR SBAAI
Analyste politique et stratégique.




