
ALDAR/ Sara El Oukili
La tenue du Conseil de partenariat entre le Maroc et l’Union européenne ne s’est pas inscrite, cette fois-ci, dans un simple calendrier protocolaire. Elle marque un tournant politique majeur qui redéfinit les équilibres de la relation bilatérale et consacre le Maroc comme un partenaire stratégique central dans la nouvelle vision européenne, à un moment international caractérisé par la multiplication des crises et le besoin croissant de partenaires fiables.
Ce Conseil tire toute sa portée de son timing et de ses significations. Il intervient en effet trente ans après la signature de l’Accord d’association et après six années de gel politique depuis la dernière session tenue en 2019. Il constitue ainsi une annonce claire du retour en force du dialogue politique de haut niveau et d’une volonté commune de hisser le partenariat vers une phase de maturité et de profondeur accrues.
La participation européenne de haut rang, réunissant de hauts responsables de l’Union européenne et plus de sept ministres des Affaires étrangères, a illustré de manière éloquente l’évolution du regard européen sur le Maroc : d’un simple voisin du Sud à un acteur clé de la stabilité régionale et à un partenaire incontournable sur les dossiers stratégiques majeurs pour le continent, allant de la sécurité à l’énergie, en passant par la migration.
Le choix du moment n’est d’ailleurs pas anodin. La tenue du Conseil est intervenue immédiatement après le Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne, envoyant un signal fort quant au fait que les dossiers liés au Maroc sont désormais traités au cœur même de la décision stratégique européenne, et non plus en périphérie de ses priorités.
Le message politique le plus clair s’est toutefois exprimé dans la mise en échec de toutes les tentatives de brouillage visant le partenariat maroco-européen. Face aux pressions et manœuvres adverses, les deux parties ont affiché une cohésion remarquable, traduite concrètement par la poursuite de la mise en œuvre de l’accord agricole révisé, intégrant les provinces du Sud du Royaume dans son champ territorial. Une confirmation explicite de l’unité territoriale du Maroc au sein du cadre contractuel avec l’Union européenne.
Au cœur de cette évolution, la position européenne unifiée sur la question du Sahara marocain s’est imposée comme l’un des acquis majeurs du Conseil. Pour la première fois, l’Union européenne, dans son ensemble et avec l’adhésion de tous ses États membres, considère l’initiative marocaine d’autonomie comme l’unique et définitif cadre de règlement du différend, en parfaite cohérence avec les résolutions des Nations unies, notamment la résolution 2797. Ce tournant met fin à une longue phase d’ambiguïté et consacre la reconnaissance européenne de l’option de la souveraineté marocaine comme solution politique réaliste et crédible.
Le Conseil ne s’est pas limité à entériner des positions, mais a ouvert une nouvelle ère de coopération. Il a acté le dépassement du cadre du « statut avancé » pour poser les bases d’une nouvelle architecture politique du partenariat, fondée sur un dialogue régulier de haut niveau et la mise en place d’un mécanisme politique bilatéral de pilotage de la relation, assorti d’un mandat pour lancer des négociations en vue d’un partenariat stratégique approfondi couvrant la sécurité, l’industrie, la transformation numérique et l’investissement.
Il a également réaffirmé le rôle central du Maroc en tant qu’acteur de stabilité dans l’espace méditerranéen et passerelle stratégique entre l’Europe et l’Afrique, à travers de grandes initiatives régionales, au premier rang desquelles l’Initiative atlantique, ainsi que par sa contribution active au maintien de la paix et de la sécurité régionales.
Sur le plan politique, les conclusions du Conseil traduisent le passage d’une relation maroco-européenne fondée sur une logique de partenariat asymétrique à une logique d’interdépendance stratégique mutuelle. Les besoins européens en matière de sécurité énergétique, de stabilité régionale et d’ancrage africain trouvent leur pendant dans des intérêts marocains clairs, notamment l’accès au marché européen, le transfert de technologies et le renforcement du soutien politique.
Cette relation a, par ailleurs, démontré sa capacité de résilience face aux crises, qu’elles soient liées aux flux migratoires, aux tensions commerciales ou aux campagnes médiatiques hostiles, confirmant qu’il s’agit d’un partenariat fondé sur des intérêts concrets et une vision de long terme, et non sur des considérations conjoncturelles.
Cette dynamique s’inscrit pleinement dans la Vision Royale stratégique, qui a érigé le partenariat avec l’Union européenne en choix souverain constant de la politique étrangère du Royaume, construit avec méthode et patience, comme un chemin sans retour.
Le Maroc n’est plus un acteur en marge de l’espace euro-méditerranéen. Il s’impose désormais comme l’un des architectes majeurs d’un partenariat nouveau, multidimensionnel, reposant sur trois piliers solides : une économie forte et intégrée, une sécurité commune et durable, et un consensus politique et diplomatique autour de la marocanité du Sahara. Autant d’éléments qui consacrent le Royaume comme un acteur clé dans les équations de l’Europe, de l’Afrique et de la Méditerranée.




