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Lumumba plus fort que la dérision… quand un supporter devient la conscience du continent

ALDAR/ Iman Alaoui

Dans les tribunes de la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc, la présence d’un supporter congolais ayant choisi d’incarner Patrice Lumumba n’avait rien d’un simple moment folklorique ou anecdotique. Il s’agissait d’un acte symbolique puissant, lourd de sens, qui a remis au premier plan la mémoire d’un leader africain assassiné physiquement, mais resté vivant dans la conscience collective du continent. Par ses traits, sa tenue et sa posture silencieuse, ce supporter semblait reposer la grande question africaine restée en suspens : que reste-t-il des rêves de liberté et de dignité après des décennies d’indépendances de façade ?

Patrice Lumumba, premier Premier ministre de la République démocratique du Congo après l’indépendance, n’est pas qu’un nom figé dans les manuels d’histoire. Il est le symbole d’une Afrique qui a voulu être maîtresse de son destin et qui en a payé le prix par l’assassinat et par un complot international dont l’écho résonne encore aujourd’hui. Lorsqu’un simple supporter choisit de faire revivre cette figure dans une compétition footballistique continentale, il ne le fait pas par goût de la mise en scène, mais par devoir de mémoire, rappelant que le sport, en Afrique plus qu’ailleurs, a toujours été un espace alternatif d’expression politique et émotionnelle lorsque les arènes politiques se sont refermées.

La posture adoptée par ce supporter, empreinte de calme et de constance, portait en elle des significations de sacrifice, de résistance et d’espoir en une joie continentale capable de panser quelques-unes des blessures profondes de l’Afrique. Sans discours ni slogans, il semblait dire que ce continent, qui a tant enrichi le monde par ses ressources, sa culture et ses énergies humaines, continue de payer le lourd tribut d’un passé colonial qui l’a appauvri et privé de ses propres richesses. À cet instant précis, les tribunes se sont transformées en lieu de mémoire, et l’acte de supporter en geste de conscience.

Cette portée symbolique n’a toutefois pas échappé à la superficialité, lorsque le supporter a été la cible de moqueries de la part d’un joueur algérien, dans un épisode qui a suscité une vive indignation. De nombreux observateurs y ont vu non pas une offense à une personne isolée, mais une atteinte à un symbole africain fédérateur. Se moquer de Lumumba, même de manière indirecte, revient à banaliser une histoire de lutte commune et à alimenter un discours de dérision indigne d’un sportif censé être ambassadeur de valeurs avant d’être un simple exécutant de performances.

Le football africain, porté par une ferveur populaire immense, n’est pas qu’un jeu. Il est le reflet de conflits de mémoire et d’identité, un espace où le plaisir peut cohabiter avec la conscience, et où la victoire sportive peut s’accompagner du rappel d’un passé fait de fractures et de rêves inachevés. En accueillant cette compétition continentale, le Maroc a offert un cadre où l’Afrique s’est retrouvée face à elle-même, avec ses douleurs, ses espérances et sa jeunesse en quête de repères sincères auxquels se raccrocher.

Il n’est donc pas surprenant que beaucoup aient appelé à ce que ce supporter reçoive le prix du meilleur fan, non seulement pour l’originalité de l’idée, mais surtout pour la profondeur du message. Sa présence était une prière africaine silencieuse pour un continent qui mérite enfin la joie après une longue patience, et pour une humanité éprouvée par les désillusions. Un message affirmant que l’Afrique, malgré tout, reste capable d’amour et d’espoir, et que la mémoire de la résistance ne meurt jamais, même lorsque certains tentent de la réduire à un objet de raillerie.

L’Afrique que nous aimons, telle que l’a exprimée ce supporter, n’a pas seulement besoin de trophées et de titres. Elle a besoin de réconcilier son présent avec le respect de sa mémoire et de ses symboles. À ce moment-là, le football cesse d’être un simple jeu, et les tribunes deviennent un lieu où s’écrit une autre histoire… une histoire qui refuse l’oubli.

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