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Récemment, l’Ambassadeur Yu Jinsong a accordé une interview écrite au média francophone marocainAldar, à la suite de l’annonce par les États-Unis d’une vente massive d’armes à la région de Taiwan en Chine. L’intégralité de l’interview est reproduite ci-dessous :
I. Aldar: Récemment, les États-Unis ont annoncé un plan de vente d’armes avancées d’un montant de 11,105 milliards de dollars américains à la région de Taiwan de Chine. Quel est votre commentaire à ce sujet ?
Ambassadeur Yu Jinsong : S’agissant des ventes d’armes américaines à Taiwan, les ministères chinois des Affaires étrangères et de la Défense nationale, ainsi que d’autres départements compétents ont déjà expliqué à plusieurs reprises la position ferme de la Chine. Je souhaite souligner deux points essentiels:
Premièrement, cette démarche des États-Unis constitue une violation flagrante de leurs engagements. Dans le Communiqué conjoint sino-américain du 17 août 1982, l’un des trois communiqués conjoints, la partie américaine s’est engagée de manière explicite à ce que « les ventes d’armes à Taiwan ne dépasseraient ni en qualité ni en quantité le niveau des dernières années suivant l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les États-Unis, et qu’elles seraient progressivement réduites jusqu’à aboutir, après un certain temps, à une solution finale ». Or, plus de 40 ans se sont écoulés : non seulement les États-Unis n’ont pas réduit ces ventes, mais ils les ont au contraire accrues et modernisées, trahissant totalement leurs propres engagements.
Deuxièmement, cette démarche va à rebours de l’histoire. Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois depuis toujours. Les ventes d’armes américaines à Taiwan constituent, par essence, une ingérence brutale dans les affaires intérieures de la Chine, un soutien militaire aux activités sécessionnistes visant « l’indépendance de Taiwan » et un obstacle au processus de réunification pacifique de la Chine. La Chine s’y oppose fermement et proteste avec la plus grande vigueur. Respecter le principe d’une seule Chine et les trois communiqués conjoints sino-américains, honorer les engagements solennels pris par les dirigeants américains et cesser immédiatement ces actes dangereux d’armement de Taiwan constituent le seul choix juste pour la partie américaine.
II. Aldar : Face aux ventes d’armes américaines à Taiwan, le Ministère chinois des Affaires étrangères a annoncé des contremesures à l’encontre de 20 entreprises américaines liées à la défense et de 10 cadres supérieurs qui ont participé à l’armement de Taiwan. Toutefois, les États-Unis affirment que ces ventes visent à « aider Taiwan à se défendre » et estiment que la réaction chinoise est « excessive ». Quelle est votre réponse ?
Ambassadeur Yu Jinsong : Le cœur du problème de Taiwan n’a jamais été une prétendue « insuffisance de capacités de défense », mais réside dans l’obstination des autorités du Parti démocrate progressiste (PDP) à maintenir leur position en faveur de « l’indépendance de Taiwan », en collusion avec des forces extérieures pour provoquer des tensions. L’argument selon lequel les ventes d’armes à Taiwan serviraient à « l’aider à se défendre » ne tient absolument pas.
La question de Taiwan relève exclusivement des affaires intérieures de la Chine. Toute provocation franchissant les lignes rouges sur cette question se heurtera à une riposte ferme et résolue de la Chine. La partie américaine doit clairement comprendre que « soutenir l’indépendance par les armes » ne changera en rien le fait que Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois, ni n’entravera la tendance historique irréversible à la réunification nationale. Toute entreprise ou personne impliquée dans la vente d’armes à Taiwan paiera le prix de ses actes répréhensibles. Les mesures prises par la Chine, conformément à la Loi de la République populaire de Chine sur les contre-mesures aux sanctions étrangères, pour défendre ses intérêts légitimes, sont parfaitement justifiées, légales et nécessaires.
III. Aldar : Récemment, la Zone de commandement de l’Est de l’Armée populaire de libération (APL) de Chine mène des exercices militaires baptisés « Mission de Justice-2025 » et a annoncé l’organisation de tirs réels dans les zones maritime et aérienne autour de Taiwan. Certains estiment que ces actions pourraient aggraver les tensions dans le détroit de Taiwan. Partagez-vous ce point de vue ?
Ambassadeur Yu Jinsong : La paix est la tendance générale et la volonté commune des peuples dans le monde entier. Toutefois, « l’indépendance de Taiwan » est fondamentalement incompatible avec la paix dans le détroit. Les autorités du PDP s’obstinent à maintenir leur position en faveur de l’« indépendance de Taiwan », tentent de faire avancer leur programme séparatiste en s’appuyant sur les États-Unis, et n’hésitent pas à transformer Taiwan en une poudrière et un dépôt de munitions, exposant pleinement leur véritable nature de saboteurs de la paix, de fauteurs de crises et d’instigateurs de guerre. Le PDP doit comprendre clairement que « vendre Taiwan et provoquer la guerre » ne fera que pousser les compatriotes taïwanais vers l’abîme des conflits armés, et que « compter sur les États-Unis pour chercher l’indépendance » ne sauvera pas le destin inéluctable de l’échec de l’« indépendance de Taiwan ».
L’exercice « Mission de Justice-2025 » organisé par l’APL constitue une mesure punitive et dissuasive à l’encontre des forces sécessionnistes qui cherchent à obtenir l’« indépendance de Taiwan » ainsi que des forces d’ingérence extérieure. Il s’agit d’une mesure légitime, nécessaire et juste visant à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine et à déjouer toute tentative de sécession et d’ingérence extérieure.
IV. Aldar : La Chine a exprimé à plusieurs reprises sa position ferme sur la question de Taiwan. Le principe d’une seule Chine fait déjà l’objet d’un large consensus international, mais certains continuent néanmoins d’exploiter cette question. Quel est votre commentaire à ce sujet ?
Ambassadeur Yu Jinsong : Il n’existe qu’une seule Chine dans le monde, et Taiwan en fait partie intégrante. Le principe d’une seule Chine est devenu un large consensus international et une norme fondamentale régissant les relations internationales. Sur cette base, la Chine a établi des relations diplomatiques avec plus de 180 pays. Récemment, des pays tels que la Russie, la Serbie, le Pakistan et les Maldives ont réaffirmé leur position selon laquelle Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois. Ces faits démontrent pleinement que le respect du principe d’une seule Chine correspond à la justice internationale, à la volonté des peuples et à la tendance de l’histoire.
Il est toutefois regrettable, voire révoltant, que certains pays, tout en sachant pertinemment qu’ils ont tort sur la question de Taiwan, persistent à agir de manière obstinée, cherchant à manipuler délibérément la question taïwanaise afin de créer des tensions régionales et de défier ouvertement l’ordre international d’après-guerre. Une telle démarche, allant à l’encontre du cours de l’histoire, est vouée à susciter la résistance et l’opposition.
Depuis longtemps, la partie marocaine adhère fermement au principe d’une seule Chine. Dès 1960, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, alors Prince héritier, avait plaidé à la tribune des Nations Unies pour le rétablissement du siège légitime de la Chine. En 1971, le Maroc et de nombreux pays amis ont contribué à l’adoption de la Résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations Unies, envoyant un signal clair au monde : il n’existe qu’une seule Chine, et le gouvernement de la République populaire de Chine est l’unique gouvernement légitime représentant l’ensemble de la Chine, Taiwan compris. Par la suite, la partie marocaine a, à de multiples reprises et en diverses occasions, défendu avec droiture la position juste de la Chine sur les questions liées à Taiwan, ce que la Chine apprécie hautement.
L’année 2026 marque le 10ᵉ anniversaire de l’établissement du partenariat stratégique sino-marocain. La Chine est disposée à travailler de concert avec le Maroc pour défendre résolument la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement des deux pays, préserver ensemble l’ordre international d’après-guerre et sauvegarder la paix mondiale.




