Loi de finances 2027 : Fouzi Lekjaa mise sur la croissance, l’investissement et la justice sociale

ALDAR/ Sara Loukili
Le ministre de l’Économie et des Finances et de l’Efficience publique, Fouzi Lekjaa, a affirmé que le projet de loi de finances pour l’année 2027 repose sur un équilibre entre l’accélération de la mise en œuvre des engagements du gouvernement envers les citoyens, le renforcement de la résilience de l’économie nationale et la préservation des équilibres financiers, dans un contexte international marqué par la multiplication des risques et la persistance des incertitudes.
Lors de la présentation du projet de loi devant une séance plénière conjointe des deux Chambres du Parlement, vendredi à Rabat, Fouzi Lekjaa a souligné que les mutations de l’économie mondiale imposent au Maroc de renforcer sa capacité à faire face aux crises et à préserver son autonomie de décision économique. Cet objectif passe notamment par la promotion de l’investissement productif, le développement des ressources de l’État, la rationalisation des dépenses publiques et leur orientation vers les secteurs susceptibles de générer des retombées économiques et sociales tangibles.
Le ministre a précisé que la préservation des équilibres financiers ne constitue pas une fin en soi, mais une condition essentielle à la continuité des réformes et au respect des engagements sociaux. La solidité des finances publiques offre en effet à l’État une marge de manœuvre plus importante pour faire face aux crises et financer les projets de développement. Dans cette perspective, il a insisté sur la nécessité de lier les dépenses publiques aux résultats obtenus et de renforcer les mécanismes de responsabilisation et d’efficacité dans la gestion des deniers publics.
L’élaboration du projet de loi de finances pour 2027 intervient dans un environnement international instable. Les prévisions tablent sur une légère accélération de la croissance économique mondiale, qui devrait atteindre 3,4 % l’année prochaine, contre 3,1 % en 2026. Dans la zone euro, principal partenaire commercial du Maroc, la croissance devrait rester limitée à 1,1 % en 2026 et à 1,2 % en 2027. Selon Fouzi Lekjaa, cette situation renforce la nécessité de diversifier les marchés extérieurs et les sources de croissance, tout en consolidant la compétitivité de l’économie nationale.
Face à ces défis, le Maroc mise sur les réformes structurelles et les grands chantiers de développement lancés sous la conduite du Roi Mohammed VI, avec pour objectif de consolider les fondements d’une économie plus résiliente, capable de tirer parti des transformations de l’économie mondiale.
Sur le plan national, Fouzi Lekjaa prévoit une croissance de l’économie marocaine de 4,7 % en 2026, soutenue notamment par la reprise de l’activité agricole, qui devrait enregistrer une progression de 18 %, dans un contexte marqué par une récolte céréalière de 90 millions de quintaux au titre de la campagne agricole 2025-2026. En parallèle, les activités non agricoles devraient progresser de 2,9 %, tandis que l’inflation devrait se stabiliser autour de 0,7 %. Les réserves de change devraient, quant à elles, couvrir environ six mois d’importations à la fin de l’année.
Les indicateurs des finances publiques présentés par le ministre font également ressortir une amélioration de la situation budgétaire. Le déficit devrait ainsi reculer à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, soit une baisse d’un demi-point par rapport à l’année précédente, tandis que le taux d’endettement devrait se stabiliser autour de 67,5 % du PIB.
Cette évolution repose notamment sur la progression des recettes fiscales, qui ont atteint 288,3 milliards de dirhams à fin septembre 2026, enregistrant une hausse de 30,2 milliards de dirhams, soit 11,7 %, par rapport à la même période de l’année précédente. Pour Fouzi Lekjaa, ces résultats constituent une base favorable à la poursuite des réformes et au financement des priorités nationales. Il demeure toutefois nécessaire d’élargir les moteurs de la croissance au-delà du secteur agricole, de renforcer les ressources pérennes de l’État et de préserver les marges de manœuvre financières indispensables pour intervenir en cas de besoin.
Sur le volet social, le ministre a souligné que la construction d’un État social fondé sur la justice et l’équité ne saurait se concevoir en dissociant la politique économique de la politique sociale. Il a affirmé qu’un développement durable ne peut s’inscrire dans la durée lorsque les choix économiques affaiblissent la protection sociale ou favorisent les pratiques monopolistiques et l’exclusion.
Il a également rappelé que la promotion de l’investissement et de l’initiative privée demeure indispensable à la création de richesses et d’emplois. Toutefois, le rôle de l’État ne se limite pas à la mise en place de conditions favorables aux investisseurs. Il consiste également à protéger le pouvoir d’achat des citoyens, à garantir des conditions de vie dignes et à lutter contre les pratiques qui transforment le marché en un espace d’exploitation au détriment des ménages et des catégories les plus vulnérables.
Selon Fouzi Lekjaa, la notion d’État social va bien au-delà de la généralisation de la couverture sanitaire et de l’octroi d’aides directes. Elle englobe également la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, la garantie de la sécurité alimentaire et énergétique, la lutte contre les monopoles ainsi que l’ouverture de perspectives aux petites, moyennes et très petites entreprises afin qu’elles puissent développer leurs activités et contribuer à la création de richesses et d’emplois.
Dans ce cadre, le ministre a mis en avant l’importance de renforcer l’État de droit à travers l’évolution du cadre législatif et l’application effective des lois. L’objectif est de garantir un environnement fondé sur la transparence, la confiance et la sécurité juridique de l’initiative économique, notamment pour les petites entreprises, qui constituent une composante essentielle du tissu productif national.
Fouzi Lekjaa a enfin estimé que la concrétisation de l’ambition d’un Maroc émergent exige une politique économique capable de concilier la promotion de l’investissement et la réalisation de la justice sociale, dans un cadre équilibré garantissant les droits et le respect des obligations, tout en préservant l’intérêt général.
En conclusion, le ministre a exprimé son souhait de voir s’engager un débat parlementaire sérieux et responsable autour du projet de loi de finances pour 2027, afin d’enrichir ses orientations et d’en renforcer l’efficacité. Il a insisté sur l’importance du respect des compétences constitutionnelles des institutions ainsi que des rôles respectifs de la majorité et de l’opposition, rappelant que la préservation des équilibres des finances publiques demeure un pilier fondamental pour assurer la continuité des réformes et répondre aux attentes des citoyens.




