
ALDAR/ Iman Alaoui
La question du Sahara marocain n’est plus aujourd’hui gérée selon les mêmes logiques qui l’ont encadrée durant des décennies. Le processus engagé depuis plusieurs années, à la faveur d’un patient et discret travail diplomatique mené par Rabat, a atteint ces derniers mois un tournant qualitatif majeur : le passage de la défense du principe de l’initiative à un travail concret sur ses modalités d’application. Ce qui s’est déroulé à Madrid, dans le cadre de consultations internationales dont tous les contours n’ont pas été rendus publics, indique clairement que le dossier de l’autonomie est sorti du registre du « débat théorique » pour entrer dans celui de la construction institutionnelle.
Depuis l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution onusienne n°2797, les règles du jeu ont profondément évolué. Le texte ne laisse guère place à l’ambiguïté : réalisme, pragmatisme et solution politique mutuellement acceptable y sont formulés dans un langage qui érige l’initiative marocaine d’autonomie en seul cadre viable. Cette évolution ne constitue pas seulement une victoire sémantique pour la position marocaine au sein des Nations unies ; elle marque, dans les faits, la fin de l’ère de la « pluralité des options » et l’entrée dans celle d’une « solution unique, concrètement applicable ».
La nouveauté de la phase actuelle ne réside pas uniquement dans l’élargissement du cercle des États soutenant l’initiative marocaine — au premier rang desquels les États-Unis, l’Espagne, la France et l’Allemagne — mais surtout dans la nature même des discussions. Selon des informations concordantes publiées par des médias espagnols et américains, les rencontres ne portent plus sur la légitimité de l’autonomie, mais sur les modalités de sa mise en œuvre : quelle architecture pour les institutions régionales ? Comment seront exercées les compétences ? Quelles garanties juridiques ? Et de quelle manière les populations seront-elles associées à la gestion de leurs affaires dans le cadre de la souveraineté marocaine ?
À l’inverse, le Front Polisario apparaît aujourd’hui dans un état de désarroi inédit. Entre un discours crispé rejetant les résolutions onusiennes et une participation contrainte à des consultations internationales parrainées par Washington et les Nations unies, une profonde crise de leadership se dévoile. Cette contradiction, désormais perceptible jusque chez ses alliés traditionnels, traduit l’absence d’une vision politique crédible sur la scène internationale et confirme que le mouvement n’est plus force de proposition, mais un acteur réactif face à des dynamiques qui s’imposent à lui.
Ce basculement se reflète de manière significative au sein des camps de Tindouf. À mesure que filtrent des informations sur la teneur des discussions en cours — notamment celles relatives à la mise en place de commissions techniques spécialisées en gouvernance locale, finances, justice et sécurité — une nouvelle dynamique de conscience émerge parmi les populations. Une dynamique qui rompt progressivement avec le discours des slogans pour poser des questions concrètes sur l’avenir, les droits, la dignité et la possibilité de vivre dans le cadre d’une solution réaliste mettant fin à une attente indéfinie.
Dans le même temps, des voix issues des élites sahraouies, en particulier parmi les cadres et les intellectuels, se font de plus en plus entendre pour dénoncer ouvertement la confiscation du pouvoir décisionnel dans les camps par une direction fermée, se reproduisant selon une logique clanique. Pour ces acteurs, l’autonomie n’est pas perçue comme une concession, mais comme une forme moderne d’autodétermination au sein de l’État, conciliant identité locale, gestion autonome et stabilité régionale.
Tout porte à croire que le conflit artificiel autour du Sahara marocain est entré dans sa phase la plus décisive. La confrontation n’est plus uniquement diplomatique : elle est devenue une bataille des consciences, y compris à l’intérieur des camps. À mesure que le processus d’autonomie progresse concrètement, les marges de manœuvre des thèses séparatistes se réduisent, tandis que s’affirme la conviction que l’avenir ne se construit pas dans l’isolement, mais à travers une solution politique réaliste, garante de la dignité et du développement sous souveraineté marocaine.
L’autonomie n’est désormais plus une promesse différée, mais un processus en cours de structuration, qui se rapproche progressivement de devenir l’issue politique définitive d’un conflit qui s’est prolongé bien au-delà du raisonnable.




