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Paris recadre fermement : la visite de Ségolène Royal en Algérie en dehors de la position officielle de l’État français

Paris recadre fermement : la visite de Ségolène Royal en Algérie en dehors de la position officielle de l’État français

 

 

 

ALDAR/ Iman Alaoui

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a tenu à dissiper toute ambiguïté ayant entouré la récente visite de Ségolène Royal en Algérie, en affirmant clairement que cette initiative, menée en sa qualité de présidente de l’« Association France–Algérie », ne représente en aucun cas l’État français et n’engage nullement le gouvernement. Le message se veut sans équivoque : la politique étrangère de Paris relève exclusivement de ses institutions, et non d’initiatives parallèles, quelle que soit leur charge symbolique ou historique.

Laurent Nuñez a par ailleurs conditionné toute éventuelle reprise officielle du dialogue avec Alger à plusieurs prérequis jugés élémentaires à ce stade. Parmi eux figurent la libération du journaliste Christophe Gleizes, une coopération effective sur le dossier du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière, ainsi que la mise en place d’un minimum de climat diplomatique permettant de renouer des échanges sur des bases claires et équilibrées. Autant d’exigences qui traduisent, en filigrane, un changement de doctrine de Paris, désormais peu disposé à dissocier le dialogue politique du respect des engagements concrets.

Fondée en 1963, l’« Association France–Algérie » a longtemps joué le rôle de canal officieux lorsque les relations institutionnelles entre les deux pays se trouvaient dans l’impasse. Bien que juridiquement indépendante, son influence politique est restée historiquement liée à la gauche française et à des figures marquantes ayant façonné différentes séquences de la relation bilatérale. L’accession de Ségolène Royal à sa présidence s’inscrit toutefois dans un contexte différent, marqué — selon ses détracteurs — par l’absence du poids politique et intellectuel qui caractérisait ses prédécesseurs.

Cette visite a remis sur le devant de la scène un style devenu familier dans les prises de position de Ségolène Royal depuis sa défaite à l’élection présidentielle de 2007 : une présence constante sur tous les sujets et une multiplication des rôles, dont celui, plus récent, de « diplomatie associative ». Une approche déjà observée lors de sa nomination comme ambassadrice chargée des pôles, où un discours moral souvent tranché avait pris le pas sur l’alignement avec la ligne diplomatique officielle de la France.

À Alger, le scénario semblait écrit d’avance : un discours centré sur la mémoire coloniale, des revendications formulées dans un sens unique et un silence quasi total sur les questions des libertés et des droits humains dans le pays. Aucune prise de position explicite n’a été enregistrée concernant l’écrivain Boualem Sansal, ni d’engagement clair sur le sort du journaliste français détenu. En revanche, une rhétorique souverainiste appuyée a été déployée depuis une tribune estampillée de la présidence algérienne pour adresser à Paris des messages directs sur le « respect des choix ».

Entre ceux qui voient dans cette démarche une nouvelle tentative de capter l’attention médiatique et ceux qui y lisent les prémices d’une ambition politique renouvelée, une constante demeure : l’État français s’est empressé de redéfinir la ligne de démarcation entre initiative personnelle et décision souveraine. Dans les coulisses de la gauche française, nombreux sont ceux qui savent que tout pari national passe, traditionnellement, par la porte algérienne — mais selon des équilibres désormais bien plus stricts qu’auparavant.

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